Homélie du 15 mars 2026_ 4e dimanche de carême
Il y a ceux qui voient clair, et ceux qui n’y voient pas clair. Il y a ceux qui voient clairement ce qu’il faut dire, ce qu’il faut faire, ce qu’il faut être, ce qu’il faut croire, qui ont plus de certitudes que de questions ; et puis ceux qui cherchent leur chemin à tâtons, qui se demandent en permanence s’ils sont dans la bonne direction. Et nous, frères et sœurs, de quel côté sommes-nous en matière de foi, quand nous nous tenons devant Dieu ? En ce jour d’élections on pourrait aussi dire qu’il y a ceux qui n’ont aucun doute sur le candidat qu’il faut élire, et ceux qui hésitent encore et qui n’y voient pas très clair – mais c’est une autre histoire…
De quel côté sont les justes, et de quel côté les pécheurs ? Est-ce que les justes sont ceux qui ont la certitude d’être sur le bon chemin, sur le droit chemin ? C’est sûr que pour eux, ceux qui tâtonnent et qui hésitent, qui se posent des questions, en particulier sur leur chemin de foi, ce sont des personnes qui vivent dans les ténèbres, dont la vie est marquée par le péché. À moins que ce ne soient leurs parents qui ont péché, qui ne leur ont pas donné la bonne éducation, les bons repères, qui ont envoyé balader les traditions reçues des générations précédentes.
Finalement, cette question que posent les disciples à Jésus est toujours d’actualité : « Rabbi, qui a péché – car l’aveugle, celui qui n’y voit pas clair, est forcément un pécheur – est-ce lui, ou ses parents ? ». Et le reproche des pharisiens, eux qui s’estiment justes parce qu’ils observent parfaitement la Loi, est lui aussi d’actualité : « Tu es tout entier dans le péché depuis ta naissance, et tu nous fais la leçon ? ».
Alors, que dit Jésus de tout cela ? D’abord, il dit que le fait de ne pas voir clair n’est pas signe de péché. « Ni lui, ni ses parents ». Et le dernier verset de l’évangile est encore plus net : « Si vous étiez aveugles, vous n’auriez pas de péché ; mais du moment que vous dites ‘Nous voyons !’, votre péché demeure ». Essayons de comprendre cette réponse de Jésus.
Ceux qui disent « nous voyons », dans l’évangile de ce jour, sont ceux qui connaissent parfaitement la Loi de Moïse, et qui utilisent cette connaissance pour conduire leur vie, sans doute, mais aussi pour juger les autres, pour faire la leçon, pour condamner. Mais manifestement quelque chose est caché à leurs yeux, ce sont les chemins de la fraternité. Ils se croient dans la lumière, mais ils sont aveugles en ce qui concerne les chemins de l’amour. Ceux qui au contraire se reconnaissent aveugles sont ceux qui reconnaissent humblement qu’ils ont besoin de lumière, qui demandent conseil, qui se laissent guider par d’autres, qui attendent de l’évangile des paroles qui les éclairent. Bref, ils sont ouverts sur les autres et sur Dieu, ils sont disponibles pour l’amitié, pour la fraternité. Le fait qu’ils se reconnaissent aveugles montre bien qu’ils sont déjà dans la lumière, celle de l’amour.
Ce texte d’évangile nous est donné à méditer sur notre chemin vers Pâques, sur ce chemin de conversion qu’est le carême. Nous sommes invités à vivre une démarche de réconciliation, pour dire à Dieu notre désir d’accueillir la lumière de sa parole dans notre vie, pour mettre devant lui les zones d’ombre de notre vie, afin qu’il y mette sa lumière. Quelle chance d’être disciple d’un tel Seigneur, qui ne nous condamne pas mais vient au contraire ouvrir nos yeux, pour que nous puissions retrouver la joie de marcher sur les chemins de la fraternité.
Ce texte d’évangile vous est donné à méditer à vous aussi, amies catéchumènes qui êtes en route vers le baptême. Dans un instant, vous aller vivre un scrutin, c’est-à-dire que vous allez vous laisser scruter par le Seigneur, qui vient en vous pour vous tourner vers la lumière, une lumière que vous accueillerez dans la nuit de Pâques en recevant le baptême. Laissez le Seigneur Jésus vous appeler à la lumière, lui qui se présente, dans le texte d’évangile que nous avons entendu, comme lumière du monde. Laissons-le nous appeler tous à la lumière, tournons vers lui les yeux de notre foi, pour qu’il nous mette dans sa lumière.
François RENAUD

