Homélie du 12 avril 2026_2e dimanche de Pâques
Jésus, quand il envoyait ses disciples en mission, leur demandait d’aller vers les gens en disant « Paix à cette maison ». En s’invitant chez les apôtres, il observe cette consigne : « La paix soit avec vous ». Il faut dire que les apôtres ont bien des raisons de ne pas être en paix, après avoir été témoins de sa Passion qui signifiait l’effondrement de leurs espérances, après avoir découvert que le tombeau était vide sans bien comprendre ce que cela signifiait. Il y a de quoi être troublé.
Et pour nous, est-ce que cette salutation fait sens ? Est-ce que nous avons besoin de cette paix offerte par Jésus ? Il y a bien des choses qui peuvent troubler notre vie, notre vie de famille, notre travail, nos relations amicales, nos relations avec Dieu – et le sacrement des malades, que quelques-uns parmi nous vont recevoir aujourd’hui, est là pour offrir la paix du cœur à ceux qui sont malades, et à leur entourage. Et puis il suffit d’ouvrir le journal pour se rendre compte que la paix est si nécessaire, particulièrement dans ces pays où l’on se salue par le mot de paix : Shalom, Salam.
La paix soit avec vous, nous dit Jésus avec insistance. Et s’il nous invite à accueillir la paix, c’est pour que nous soyons à notre tour porteurs de cette paix. La paix offerte est une mission. Je vous propose de regarder comment Jésus nous l’offre, en considérant trois choses.
La première chose, c’est qu’en offrant sa paix, Jésus montre les signes de sa Passion : « il leur montra ses mains et son côté ». C’est une paix ressuscitée, qui a traversé la mort, qui est plus forte que la mort. La paix de Jésus est une paix qui n’efface ni le passé ni le présent – pas plus qu’elle n’efface la maladie de ceux qui vont accueillir le sacrement des malades – mais qui permet d’envisager l’avenir en ne restant pas enfermé dans le passé ou le présent. Il y a un avenir, un avenir de vie, quelque soit le trouble qui peut être le nôtre. C’est en réveillant l’espérance que le Christ nous apporte la paix, qu’il vient poser sa paix sur notre vie. Et cela libère notre joie, malgré tout, comme les disciples furent remplis de joie.
La deuxième chose, c’est que le souhait de paix offert par Jésus se prolonge aussitôt en mission : « comme le Père m’a envoyé, moi aussi je vous envoie ». La paix n’est pas faite pour notre confort personnel, elle est faite pour que nous allions vers les autres. Je l’ai rappelé en commençant : la mission que le Christ confie à ses disciples, c’est d’apaiser. « Dans toute maison où vous entrerez, dites d’abord ‘Paix à cette maison’ ». C’est à la mesure où chacun d’entre s’efforce d’être paisible, apaisant, d’être artisan de paix, que la fraternité se construit. Tout à l’heure, comme à chaque messe, nous serons invités à nous tourner les uns vers les autres pour nous donner la paix, et nous serons invités à sortir de l’église en allant dans la paix du Christ. C’est la mission que le Ressuscité nous confie.
Cela dit, Jésus ne nous laisse pas seul avec cette mission de paix. « Ayant ainsi parlé, il souffla sur eux et leur dit : ‘Recevez l’Esprit Saint’ ». C’est la troisième chose que je veux souligner. Jésus met au cœur de ses disciples son Esprit de paix, pour qu’ils soient acteurs de paix à sa manière. Et quelle est sa manière ? Dans les évangiles, on le voit souvent apaiser les personnes en leur disant : tes péchés sont pardonnés, je ne te condamne pas, relève-toi. Et c’est ce qu’il demande de faire à ses disciples : « A qui vous remettrez ses péchés, ils seront remis ». Jésus nous demande de servir la paix en étant acteurs de réconciliation : réconciliation des hommes entre eux, et avec nous, et réconciliation avec Dieu. Les exemples dans l’actualité nous le montrent suffisamment : pas d’espérance de paix sans démarche de réconciliation.
Ce deuxième dimanche de Pâques est le dimanche de la miséricorde : miséricorde de Dieu envers nous, et miséricorde que Dieu nous invite à exercer autour de nous. Nos frères et sœurs qui vont accueillir le sacrement des malades seront devant nous tous le signe de la puissance miséricordieuse de Dieu, et de la paix qu’il vient mettre dans les cœurs. Confions-les à la miséricorde de Dieu. Et par la miséricorde qui déborde de nos cœurs, soyons témoins de la puissance de vie du ressuscité.
François RENAUD

