Homélie du 14 mai 2026_Fête de l’Ascension
par François RENAUD.
Il n’est pas sûr que l’imagerie traditionnelle, qui représente Jésus s’élevant dans le ciel à la manière d’une fusée, nous aide vraiment à accueillir ce mystère de l’Ascension. Notre imagination peut nous jouer des tours, et les évangélistes semblent prendre un malin plaisir à brouiller les pistes, justement pour que nous ne restions pas prisonniers de notre imagination. Matthieu ne parle pas d’ascension, mais situe le dernier rendez-vous de ses disciples avec Jésus en Galilée ; Luc dans les Actes des Apôtres situe l’Ascension à Jérusalem, mais dans son évangile le même Luc la localise à Béthanie. Pour Matthieu, on est dans les jours de la Résurrection, dans les Actes c’est quarante jours après, mais dans l’évangile de Luc, c’est le soir même de la Résurrection. Bref, les auteurs du Nouveau Testament ne cherchent pas à décrire un événement, mais à nous en donner le sens.
Quel est donc le sens de ce que nous fêtons aujourd’hui ? Je vous propose d’en reconnaître trois, à la lumière de chacune des trois lectures que nous avons entendues.
Dans les Actes des apôtres, on nous dit que Jésus s’élève, qu’il monte vers le ciel. On disait déjà quelque chose comme cela il y a quarante jours : il s’est levé d’entre les morts, il s’est relevé, ou encore il a été exalté ; autant de façon de parler de la résurrection. Et donc aujourd’hui, en disant qu’il s’élève jusqu’au ciel, on parle de l’accomplissement total de sa résurrection. Jésus était sorti de la mort avec son corps, ce n’était pas pour revenir à la vie des hommes (qui se termine toujours par la mort, comme ce fut le cas pour Lazare), mais pour entrer dans la vie de Dieu, et y entrer avec son corps, un corps fait de notre humanité, un corps fait pour l’éternité. C’est un premier enseignement de cette fête de l’Ascension : la vie que Dieu nous offre en Jésus ressuscité, dans laquelle nous entrons par le baptême, c’est une vie qui est destinée à s’accomplir tout entière, corps et âme, en Dieu. Nous sommes invités à vivre aujourd’hui de telle sorte que notre vie puisse s’épanouir en Dieu.
En s’élevant vers le ciel, Jésus laisse ses disciples seuls. Ou pour le dire autrement, il leur laisse la place. Bien sûr, il ne va pas les abandonner puisqu’il va leur donner son Esprit (« Je suis avez-vous tous les jours »). Mais en montant vers le ciel, il leur transmet les consignes, c’est ce que nous dit l’évangile de Matthieu : ce que j’ai fait parmi vous, c’est à vous de le faire maintenant. En prenant de la distance, Jésus responsabilise ses disciples, il nous responsabilise. La mission qui était celle de Jésus, désormais, elle repose sur nous : « Allez, de toutes les nations faites des disciples, baptisez-les, apprenez-leur à garder ce que je vous ai commandé ». En fait, le départ de Jésus vers son Père, c’est un très grand signe de confiance envers nous. Jésus croit que par nous, ce qu’il a fait et enseigné aura un avenir. Il croit en nous, un peu comme un parent croit en son enfant en lui confiant une responsabilité et en ne restant pas à regarder par-dessus son épaule s’il s’en acquitte bien. C’est le deuxième enseignement que j’ai envie de retenir de cette fête : Jésus nous fait confiance.
Et puis il y a saint Paul dans la lettre aux Éphésiens. Vous avez entendu ces mots à la fin du texte que nous avons lu : « En plaçant le Christ plus haut que tout, il a fait de lui la tête de l’Église qui est son corps, et l’Église, c’est l’accomplissement total du Christ ». L’Église, c’est nous ; nous sommes un corps dont le Christ est la tête, nous sommes le corps du Christ, nous sommes la présence du Christ dans le monde, et plus précisément nous sommes ensemble la présence du Christ dans ces quartiers de Nantes et de Saint-Herblain ; un corps qui n’est vivant que parce qu’il n’est pas décapité (donc bien rattaché au Christ qui est la tête), un corps qui n’est fidèle à sa mission que parce qu’il est bien présent aux réalités de ce monde et qu’il ne « reste pas là, à regarder vers le ciel » comme disent les anges aux apôtres. C’est le troisième enseignement que je reçois de la parole de Dieu aujourd’hui : le Christ monte au ciel, et il reste présent au monde par nous. Par nous, qui restons fidèles au Christ, le Christ reste fidèlement présent au monde.
Finalement, la fête de l’Ascension, c’est la fête de notre mission. Notre mission qui est de tourner vers le Christ les hommes, les femmes, les enfants, pour qu’ils aient part à sa vie, notre mission qui est de manifester combien Dieu est fidèle à notre monde, notre mission qui est un signe de confiance de Dieu. Une mission dont nous serons capables grâce à lui. Viens, Esprit-Saint !

