Homélie du 28 juin 2026_13ème dimanche ordinaire
Par François RENAUD.
Jésus est bien radical, dans l’amour qu’il attend de nous. Il attend qu’on l’aime plus que ceux qu’on aime déjà beaucoup. Il le dit aujourd’hui dans l’évangile de Matthieu, mais on peut aussi l’entendre dans l’évangile de Jean, quand il demande à Pierre : « m’aime-tu plus que ceux-ci ? ». Jésus a de la suite dans les idées. Mais qu’est-ce que cela veut dire ? Faut-il qu’on aime moins ses parents, son conjoint, ses enfants, pour aimer plus Jésus ? Est-ce qu’il trouve qu’on passe trop de temps avec les membres de sa famille, et pas assez avec lui ? À vrai dire, Jésus ne demande à personne d’aimer moins, mais de le mettre, lui, au plus haut ; que notre amour pour les autres ne soit pas au-dessus de l’amour pour le Christ. Il ne faudrait pas qu’on puisse dire : J’aime très fort mon conjoint, mes enfants ; et j’aime un peu Jésus. Jésus demande aujourd’hui qu’il n’y ait personne au-dessus de lui, dans nos amours.
Essayons de comprendre ce que veut nous dire Jésus. Je vous propose deux réflexions.
La première m’est suggéré par un autre passage de l’évangile, où, quand on demande à Jésus quel est le plus grand commandement, il répond : le premier, c’est : tu aimeras le Seigneur ton Dieu ; et le second, qui lui est semblable, c’est : tu aimeras ton prochain comme toi-même. Donc Jésus ne nous demande pas d’aimer moins les autres que lui. Ce qu’il nous demande, c’est de commencer par l’amour de Dieu. Et je ne crois pas qu’il nous le demande parce qu’il serait jaloux de l’amour que nous aurions pour les autres. Il ne peut que se réjouir de cet amour que nous essayons de vivre. Non. Mais – et c’est là ma première réflexion pour essayer de comprendre ce texte – il sait bien notre difficulté à aimer. Jésus connaît à la fois notre grand désir d’aimer, et nos ratés dans l’amour. Il sait bien que c’est l’amour qui nous rend les plus heureux, et les ratés dans l’amour qui nous rendent les plus malheureux. Au fond, quand Jésus nous demande de commencer par l’aimer, c’est parce qu’il attend que nous lui ouvrions notre cœur pour qu’il y mette son amour. Et c’est avec l’amour qu’il met dans nos cœurs, que nous pourrons mieux aimer les autres. Parler à Dieu dans la prière de quelqu’un qu’on a envie d’aimer mieux, lire l’évangile en pensant à une personne qu’on a du mal à bien aimer, c’est déjà accueillir la lumière de l’amour de Dieu dans notre vie. Ouvrir sa vie à l’œuvre de l’Esprit de Dieu par les sacrements, pour qu’il vienne aimer avec nous, c’est accueillir son amour en nous pour mieux aimer à notre tour.
Au fond, si Jésus nous demande de lui donner la priorité, c’est parce qu’il s’offre à nous pour que nous aimions les autres. Aller à la source de l’amour, d’abord, pour désaltérer la soif d’amour des autres ensuite. L’aimer plus lui, pour aimer mieux tout le monde. C’était ma première réflexion.
La deuxième, maintenant. Je disais que Jésus demande aujourd’hui qu’il n’y ait personne au-dessus de lui, dans notre amour. Et en même temps, il ne laisse personne au-dessous de lui quand il s’agit de servir. Vous connaissez bien ce passage de l’évangile de Matthieu, où Jésus s’identifie aux plus pauvres et aux plus misérables dans la société : ce que vous faites à l’un d’eux, c’est à moi que vous le faites. On entend encore cela dans l’évangile de ce jour, quand il s’agit de donner à boire, même un simple verre d’eau fraîche, à l’un de ces petits, ou encore quand il s’agit de prendre sa croix, c’est-à-dire de choisir la condition d’esclave, de serviteur. Avec le Christ, se mettre à genoux devant les hommes pour les servir, le service étant la plus grande façon d’aimer. Il ne laisse personne en-dessous de lui, et nous invite à faire de même avec lui.
C’était ma deuxième réflexion : rejoindre le Christ dans l’amour, c’est le rejoindre dans le service des plus petits.
Finalement, mettre Jésus au plus haut dans l’amour, c’est le suivre au plus bas parmi les hommes. On voit bien que préférer Jésus, c’est préférer avec lui les plus petits, ce que Jean-Paul II appelait l’option préférentielle pour les pauvres, et que le pape Léon XIV rappelle dans son encyclique Magnifique humanité.
Si le Christ nous demande de l’aimer plus que tous, ce n’est donc pas pour capter notre amour, c’est pour nous tourner avec lui vers les autres, et notamment les plus petits, afin que grâce à lui, grâce à son amour qu’il met dans nos cœurs, nous puissions les servir avec lui.
Alors ne craignons pas de demander cette grâce au Seigneur : « Donne-moi de t’aimer plus que tout ».

