Homélie du 19 juillet 2026_16ème dimanche ordinaire
par François RENAUD
Aujourd’hui comme dimanche dernier, Jésus fait lui-même le commentaire de l’évangile en expliquant ses paraboles : celle du semeur la semaine dernière, celle du bon grain et de l’ivraie aujourd’hui. Cela facilite le travail du prédicateur, et même pourrait le rendre inutile… J’ai quand même envie de prendre le temps avec vous de bien entendre la bonne nouvelle de ce jour.
Donc il y a du bon grain et de l’ivraie. Et Jésus explique : le bon grain ce sont les fils du Royaume, et l’ivraie, ce sont les fils du Mauvais. Voilà, c’est facile à comprendre : dans le monde, il y a les bons, et il y a les mauvais. C’est simple. Un peu trop peut-être. Car si je me demande maintenant de quel côté je suis, je me trouve un peu embêté, parce qu’au fond de moi, je sais bien qu’il y a du bon, mais pas que ; que dans mon cœur, il y a du bon grain, et de l’ivraie. Et puis autour de moi, dans la société, personne n’est tout blanc ou tout noir ; certains sont pénibles sous certains aspects, et sympas sous un autre angle. Bref, cette parabole, elle parle bien de notre réalité humaine : en nous, en chacun de nous, il y a du bon et du mauvais.
Prenons un exemple pour essayer de mieux comprendre : dans mon cœur, comme dans celui de tout le monde, il y a le désir d’aimer et d’être aimé. Ce désir, c’est évidemment du bon grain, ça vient de Dieu, « car Dieu est amour » nous dit saint Jean. Sauf que mon désir d’aimer, ma façon d’aimer, elle n’est pas toute pure ; quelquefois, on peut avoir la tentation d’aimer quelqu’un comme on aime le chocolat, en le dévorant ; il y a des manières d’aimer qui sont des manières de se mettre en valeur… la liste des ambiguïtés dans l’amour serait longue. Dans nos amours, il y a du bon grain et de l’ivraie.
Les serviteurs du Maître proposent de séparer le bon grain de l’ivraie. Surtout pas, dit Jésus, ce serait tomber dans le piège de l’ennemi. Car c’est lui, l’ennemi, nous dit Jésus, qui a semé l’ivraie, et qui nous tend un piège : celui de rechercher la pureté à tout prix, quitte à faire disparaître le bon grain. Revenons à notre exemple précédent : si je veux purifier ma façon d’aimer, enlever toute ambiguïté, je risque d’enlever l’amour en même temps que ses impuretés. Or un amour, même imparfait, c’est déjà quelque chose. Ne rêvons pas que nous pourrions aimer à la perfection, faisons déjà ce que nous pouvons, et ce sera mieux que rien. Vouloir la pureté à tout prix, en moi et autour de moi, c’est une tentation qui vient de l’ennemi, la tentation du tout ou rien ; Jésus, au contraire, nous dit qu’il faut composer avec nos imperfections.
Au fait, vous savez comment se dit « ivraie » en Grec ? « zizania », la zizanie. Ça va assez bien avec le diabolos, le diable, dont parle Jésus, c’est-à-dire le diviseur. L’ivraie, c’est ce qui en nous et autour de nous fait le contraire de l’unité, de la communion, de la fraternité. C’est ce qui nous dresse les uns contre les autres, nous met en guerre. Et justement, le fait de vouloir séparer le bon grain de l’ivraie, c’est entrer en guerre contre le mal, avec le risque de faire de gros dégâts collatéraux ; c’est en rajouter dans la zizanie, et donc faire l’œuvre de l’ennemi. Certains sont tellement obsédés par le mal qu’ils sont prêts à tout pour le déraciner, quitte à maltraiter ce qui est bon. Jésus, au contraire, ne perd jamais de vue le bien, ce qu’il y a de bon en nous et autour de nous, et il ne veut surtout pas prendre le risque de l’abîmer. Alors être fidèles à Jésus, c’est chercher à préserver le bien, plutôt que de vouloir à tout prix déraciner le mal.
C’est un peu ce que dit le livre de la Sagesse, dont nous avons entendu un passage. Dieu est un juge très fort, mais qui met sa force au service de l’indulgence, « tu nous gouvernes avec beaucoup de ménagement ». C’est aussi ce que dit saint Paul dans le passage de l’épître aux Romains que nous avons entendu : « L’Esprit saint intercède pour nous ». Il nous protège, il protège en nous ce qu’il y a de bon, car ce qui l’intéresse, c’est le bon grain qui est en nous et autour de nous. Un jour viendra où nous serons enfin libérés de l’ivraie qui étouffe nos cœurs, mais cela, c’est l’affaire de Dieu. La nôtre, c’est de cultiver le bon grain, autant que possible.
Demandons au Seigneur la grâce de la patience, dans les situations où bien et mal s’entremêlent, la grâce de servir ce qui est bon et de ne surtout pas l’abîmer. Esprit Saint, viens au secours de notre faiblesse.

