Homélie du 13 septembre 2026_24ème dimanche ordinaire
Par François RENAUD.
C’est donc la messe de rentrée. C’est le moment où après la coupure des vacances, pour ceux qui ont eu la chance d’en prendre, il s’agit de reprendre le travail avec courage, de s’engager dans une nouvelle année scolaire, universitaire, pastorale. Et c’est important d’essayer de démarrer cette année d’un bon pied.
Les propositions qui sont faites à l’occasion de cette journée portes-ouvertes de la paroisse sont là pour nous y aider.
Par exemple, parmi les formations proposées, il y en a peut-être une qui pourrait nourrir notre foi, notre compréhension de la foi.
Parmi les activités proposées pour servir nos frères et sœurs dans leur humanité, surtout quand elle est blessée, il y en a peut-être une qui nous permettrait de donner corps à notre foi en nous engageant sur un chemin de fraternité.
Parmi les activités proposées pour prier et pour servir la prière de notre communauté paroissiale, il y en a peut-être une qui qui vous permettrait de mettre vos talents au service de la louange de Dieu et de la prière de l’assemblée.
Et puis il y aussi tous les services que l’on peut rendre pour que la paroisse soit bien vivante et accueillante à tous.
Vous êtes plutôt manuel, il y a quelque chose pour vous.
Vous êtes plutôt intellectuel, il y encore quelque chose pour vous.
Vous avez un peu de temps à donner plutôt en journée, ou plutôt en soirée, plutôt dans la semaine ou plutôt le week-end ? Il y a quelque chose pour vous.
À la limite, la question à se poser n’est pas de savoir si on va s’engager, mais à quoi on va s’engager, et à quoi on va essayer d’être fidèle. Après tout, un début d’année, c’est un temps où l’on peut prendre de bonnes résolutions.
Pour démarrer l’année d’un bon pied, on peut aussi – et même surtout – se mettre à l’écoute de la parole de Dieu qui nous est adressée en ce jour. L’évangile qui nous est offert aujourd’hui met un gros focus sur le pardon. Nous avons entendu cette parabole dite du « débiteur impitoyable ». Un homme se voit remettre une énorme dette (soixante millions de pièces d’argent ; j’ai fait le compte : cela représente un peu plus de cinq milliards d’euros). Mais il refuse de remettre sa dette à quelqu’un qui lui doit cent pièces d’argent. Quelqu’un qui refuse de pardonner après avoir été pardonné, cela me fait penser à ces automobilistes qui forcent un peu le passage pour s’insérer dans la circulation devant nous, mais qui font tout pour empêcher quelqu’un d’autre de s’insérer devant eux. Ça énerve… Je vous l’accord, mon exemple est un peu simplet, mais il veut illustrer le fait que c’est dans la vie quotidienne que se rencontrent ces situations où il y a des pardons à donner ; parce que c’est en permanence que nous pouvons subir des agacements. C’est d’ailleurs ce qui questionne l’apôtre Pierre : jusqu’où pardonner ? Quelles limites mettre à notre bonté ? On a entendu la réponse de Jésus : pas de limite.
Et Jésus va très loin dans l’exigence : Dieu ne nous pardonnera que si nous pardonnons ; c’est un peu ce que nous disons dans la prière du Notre Père : « pardonne-nous comme nous pardonnons », littéralement « remets nous nos dettes, comme nous les remettons à nos débiteurs ». On peut être un peu choqué par cette limite, par cette condition : Jésus nous invite à pardonner sans limites, mais lui met une limite au pardon qu’il peut nous donner.
En réalité Jésus nous invite à ouvrir notre vie au pardon. Nous savons bien que les pardons que nous refusons de donner pourrissent notre vie, et Jésus nous dit qu’ils pourraient bien pourrir notre vie éternelle. Si nous refusons de pardonner, nous nous replions sur nous-mêmes, nous fermons notre cœur, à tel point que le pardon des autres ne peut plus nous rejoindre, ni même le pardon de Dieu. Si on se ferme aux pardons à donner, on se ferme aussi aux pardons à recevoir. Et si Dieu ne peut pas nous pardonner, c’est parce que notre vie n’est pas ouverte au pardon, la porte de notre vie est fermée au pardon. Dieu veut nous pardonner, son pardon nous est toujours offert – et c’est ce que nous expérimentons quand nous venons recevoir le sacrement du pardon. Le pardon nous est toujours offert, mais Dieu ne peut pas nous forcer à l’accueillir.
Ce que nous demande Jésus aujourd’hui, c’est que notre vie reste le plus largement possible ouverte au pardon. Et c’est alors qu’il pourra nous manifester sa miséricorde, même si nous avons une dette de cinq milliards envers lui.
Cette bonne nouvelle que le Christ nous invite à accueillir aujourd’hui, elle peut contribuer à notre faire prendre cette année pastorale d’un bon pied. Elle sera réussie si chacun de nous ouvre son cœur à l’amour, c’est-à-dire reste disposé au pardon ; si chacun de nous a le souci de mettre au cœur de ses relations cette vertu si essentielle : la douceur.

