Homélie du 18 octobre 2026_Dimanche des missions
Homélie pour le dimanche des missions en la fête de saint Luc
par François RENAUD
Il s’agit donc de l’envoi en mission des 72. Jésus avait déjà envoyé les 12 en mission, c’est-à-dire les apôtres. On pouvait penser que la mission était une affaire de spécialistes, mais voilà que Jésus envoi les 72, c’est-à-dire les disciples, comme vous et moi. La mission ne serait donc pas une affaire de spécialiste, chacun de nous est envoyé. La question n’est plus de savoir si nous sommes envoyés, mais où. Et chacun de nous doit pouvoir apporter une réponse à cette question, en considérant le lieu où il habite, où il travaille, où il fait du sport, etc. Chacun de nous est concerné, et notre paroisse aussi : le Conseil Paroissial Missionnaire commencera bientôt ses travaux.
Qu’est-ce que la mission ? Jésus apporte d’entrée de jeu une précision : il envoie ses disciples là il a prévu de se rendre. Les disciples ne sont donc pas chargés d’apporter Jésus là où il n’est pas, Jésus est assez grand pour le faire tout seul. Non, ils sont chargés plus modestement de préparer le terrain, un peu comme l’agriculteur prépare le terrain pour la semence. Le travail du missionnaire, c’est de préparer le terrain pour que la Parole puisse germer, si jamais le semeur passe par là. Et Jésus donne quelques consignes pour préparer le terrain. J’en relève quatre.
D’abord prier, et prier pour qu’il y ait des missionnaires. Autrement dit, comme missionnaires, nous sommes en sous-effectifs (sinon il n’y aurait pas besoin de prier pour qu’il y ait d’autres missionnaires). La mission n’attend pas, elle n’attend pas qu’il y ait un corps de missionnaires nombreux et bien préparés. Et surtout, ce n’est pas à nous de former ce corps, c’est à Dieu. D’où la prière.
Ensuite, non seulement nous ne sommes pas nombreux, mais nous sommes envoyés mal équipés, sans moyens matériels, sans formation, comme des agneaux un peu trop tendres. Nous ne sommes pas envoyés en conquérants bardés de moyens, mais plutôt en apôtres de douceur, comme un agneau. Est-ce qu’on ne va pas se faire bouffer ? L’idéal, ce serait de réussi à transformer les loups en agneaux, un peu comme la visite du Pape en France a désamorcé les critiques anticléricales qu’on s’attendait à trouver. Si on n’arrive pas à transformer les loups en agneaux, on peut au moins essayer de leur couper l’appétit. Faisons le pari que par notre douceur, nous adoucirons les loups. Encore une fois, l’attitude de Léon et de l’Église de France, en se montrant paisible, a porté un beau témoignage, elle a été missionnaire.
Troisième consigne, entrer dans une maison. On aurait pu imaginer se mettre dans un lieu très passant et monter sur une chaise pour être entendu par le plus grand nombre. Mais non. Nous ne sommes pas chargés de faire venir les gens à nous, mais d’aller à eux, d’aller chez eux. De nous offrir à leur accueil (ou d’essuyer leur refus d’accueil), sans chercher à forcer la porte. Si on veut parler de Dieu, il faut le faire à l’intérieur d’une relation interpersonnelle, et non le proposer comme on vend un produit sur un marché. C’est dans la maison que peut se nouer une relation paisible.
Cela nous conduit à la quatrième consigne. Le premier mot à dire en entrant dans cette maison, c’est « Paix » (Shalom). Ce mot est vraiment la marque du missionnaire : il est celui qui annonce la paix, non seulement par ses paroles, mais aussi par son comportement, par sa façon d’être. Encore une fois, je pense au pape Léon, qui en venant dans la maison France, s’est comporté comme un apôtre de la paix.
On pourrait ajouter une dernière consigne : les apôtres sont envoyés deux par deux. Et donc, avant de dire quelque chose, ils vont devoir se mettre d’accord entre eux sur ce qu’ils diront et sur la façon de faire. Ils ne sont pas propriétaires de la mission, elle est un bien commun. Il faut donc qu’ils se parlent et sans doute qu’ils grandissent en fraternité. Car leur témoignage sera délivré par des hommes au comportement fraternel, et leur mission sera de faire grandir la fraternité.
C’est donc ainsi que le missionnaire est invité par Jésus à préparer le terrain pour sa parole : en vivant une relation apaisée et fraternelle avec les personnes. Il viendra pour ensemencer ce terrain. Quand viendra-t-il ? Comment viendra-t-il ? Au fait, si c’était à nous que sa parole était confiée ? Nous aurons préparé patiemment le terrain, et Jésus viendra peut-être dans cette ville et dans ces maisons par notre parole si elle porte la sienne. En tout cas, sa parole ne portera du fruit que si nous avons d’abord fait œuvre de paix.
Heureux les artisans de paix !

