Homélie du 30 août 2026_22ème dimanche ordinaire
Les lectures bibliques de ce dimanche sont un beau cadeau à sœur Éliane, pour célébrer les 25 ans de sa vie religieuse. Mais c’est aussi un beau cadeau qui est adressé à nous tous.
Il y a d’abord ces mots du prophète Jérémie, qui dévoilent le cœur de toute vocation religieuse : « Seigneur, tu m’as séduit, et j’ai été séduit ». Ta parole est entrée dans ma vie et je n’ai pas pu m’en débarrasser, même si parfois elle m’encombrait ; « elle était comme un feu dévorant dans mon cœur », poursuit Jérémie. C’est un peu comme le début d’une vie amoureuse : tu m’as séduit, et je me suis laissé séduire. Une vocation religieuse s’enracine toujours dans une relation personnelle avec le Seigneur, une relation dont il a eu l’initiative, dans laquelle il nous touche par son amour.
Si vous voulez prolonger avec Sr Éliane la méditation sur ce texte biblique, vous pourrez lui demander : qu’est-ce qui t’a séduit, chez le Seigneur, dans sa parole ? Mais demandez-vous aussi : et moi, est-ce qu’il y a quelque chose chez le Seigneur qui me séduit, est-ce qu’il y a une parole de la Bible, une phrase de l’Évangile qui me touche au cœur ? Si nous avons été un jour séduits par le Seigneur, c’est quelque chose qu’il faut garder en mémoire.
Car, évidemment, la séduction, elle peut s’estomper un peu au fil du temps. La parole du Seigneur nous met en route, nous nous élançons avec joie, mais il faut durer. Il y a des jours où l’on peine, des jours qui peuvent devenir des semaines, des mois, des années. J’imagine qu’on ne vit pas 25 ans de vie religieuse sans éprouver la nécessité de tenir malgré tout dans la fidélité. Mais il ne faut jamais perdre de vue la joie rencontrée au début du chemin, elle nous dit ce qui nous est promis à la fin du chemin, et cette joie, Dieu, quand nous le laissons faire, la renouvelle périodiquement. C’est sans doute comme toute histoire d’amour. Que Dieu nous garde fidèles au rendez-vous de l’amour.
Une fois que nous nous sommes laissé séduire par le Seigneur, on se met donc en route à sa suite, on a envie de passer sa vie avec lui, de lui donner notre vie. Comme toute histoire d’amour, encore une fois.
C’est ce qui arrivé à l’apôtre Pierre. Vous vous souvenez de l’évangile de dimanche dernier, où Jésus interroge ses disciples : « Pour vous qui suis-je ? ». Et Pierre répond, séduit par Jésus : « Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant ». La suite, c’est le passage que nous avons entendu aujourd’hui. « Si quelqu’un veut marcher à ma suite, qu’il prenne sa croix et qu’il me suive ». Parce que suivre le Christ, comme se mettre se mettre en route avec quelqu’un qu’on aime, c’est lui donner sa vie, c’est mettre notre vie entre ses mains. Les personnes qui s’unissent dans le sacrement du mariage se disent : « je me donne à toi » ; les personnes qui s’engagent dans la vie religieuse disent la même chose. Vous connaissez la prière du Père de Foucault : « Mon Père, je m’abandonne à toi ».
Mais là encore, il n’est pas toujours facile d’être fidèle au don de soi à l’autre, au Seigneur. Quelquefois, ça ressemble à un chemin de croix, parce que ça coûte de se donner sans cesse, de ne pas vivre pour soi, mais pour l’autre. Jésus en sait quelque chose, lui qui a donné sa vie jusqu’à la croix. On ne peut pas vouloir être disciple du Christ, et ne pas vouloir le suivre jusque-là. Cela dit, Jésus nous encourage : « qui perd sa vie à cause de moi la trouvera ». Et nous en faisons l’expérience : c’est ce que nous donnons aux autres de nous-mêmes, de nos biens, de notre temps, de notre personne, c’est que nous donnons qui fait la richesse de notre vie. Ce que nous gardons pour nous est perdu, ce que nous donnons aux autres est gagné. « Qui veut sauver sa vie la perdra, qui perd sa vie à cause de moi la sauvera ».
Cela rejoint ce que dit saint Paul dans le passage de la lettre aux Romains que nous avons entendu : « Je vous exhorte, mes frères, par la tendresse de Dieu, à lui présenter votre corps – votre personne tout entière – en sacrifice vivant. ». Le mot de sacrifice est souvent difficile à comprendre ; on pourrait le traduire par offrande, à condition de ne pas oublier que c’est un don de nous-même, qui forcément nous coûte un peu. Un don qui ne coûte rien n’aurait pas beaucoup de valeur ! Mais surtout, saint Paul continue en disant : « c’est là, pour vous, la juste manière de rendre un culte à Dieu ». Qu’est-ce que Dieu attend de nous ? Des prières, des dons matériels, des engagements associatifs, des prises de position politiques ? Rien de tout cela n’est à négliger, bien sûr. Mais ce qu’il attend d’abord de nous, c’est que nous nous offrions à lui, dans un grand élan de tendresse et d’amour, pour répondre à l’offrande qu’il nous fait de lui-même, dans la tendresse et dans l’amour.
C’est de cela que témoigne une sœur qui fête ses 25 ans de vie religieuse, qui fête les 25 ans de fidélité de Dieu à son engagement. Merci, sœur Éliane, pour le témoignage du don de toi-même. Merci, Seigneur, de nous avoir donné Éliane comme sœur.


