Homélie du 3 mai 2026_5ème dimanche de Pâques
Le passage des Actes des apôtres, que nous avons entendu, nous met en présence de la création par les apôtres du diaconat. Dans un contexte de forte croissance (« le nombre des disciples augmentait »), mais aussi de crises (« les frères de langue grecque récriminaient contre ceux de langue hébraïque »), l’Église s’organise. Pour être fidèle à la mission confiée par le Seigneur (« de toutes les nations faites des disciples »), elle doit faire preuve d’imagination, en essayant d’être fidèle à l’Esprit du Seigneur.
À toutes les époques, l’Église a dû s’adapter à des contextes différents et inventer des façons nouvelles de s’organiser. Notre époque n’y fait pas exception. Même si à l’échelle de l’Église en France, et même dans notre diocèse, il faut faire face à un nombre de plus en plus important de catéchumènes, on ne peut pas dire que nous soyons en forte croissance. Mais justement, nous sentons bien qu’il faut renforcer notre élan missionnaire. Comme dans les autres paroisses du diocèse, nous avons mis en place à la demande de l’évêque un Conseil Paroissial Missionnaire, il sera bientôt opérationnel. Les acteurs traditionnels de l’Église, particulièrement les prêtres, les religieuses, les religieux, sont moins nombreux, il faut inventer de nouveaux acteurs, de nouvelles manières de prendre en charge la vie et la mission de l’Église.
Faire du neuf dans l’Église, depuis les Actes des apôtres, c’est normal. Cela dit, on ne peut faire du neuf qu’en prenant appui sur quelques points essentiels, comme le font les apôtres, et surtout qu’en prenant appui sur le Christ, qui est pour nous chemin, vérité et vie, chemin de notre Église, vérité pour notre Église, et vie dans notre Église. Je vous propose de reprendre ces trois points que nous donne le Christ.
Il est le chemin de notre Église, en invitant à marcher sans lâcher une triple conviction. D’abord, « il n’est pas bon que nous délaissions la parole de Dieu pour servir aux tables », disent les apôtres. Ne pas délaisser le service de la Parole, c’est-à-dire le témoignage, pour permettre à tous d’entendre que Dieu les aime. Première conviction : le Christ est chemin en nous invitant à témoigner comme lui de la Bonne Nouvelle.
Ensuite, « Nous resterons fidèles à la prière », disent encore les apôtres. Ce n’est pas le tout de vouloir accrocher les autres à la parole de Dieu, il faut s’y accrocher soi-même, nourrir notre amitié avec Dieu par la prière, par la participation aux célébrations, par le fait d’accueillir les sacrements. Deuxième conviction, donc : le Christ est le chemin en nous invitant à marcher avec lui vers le Père pour vivre avec lui dans son intimité.
Cela dit, les Douze qui ne veulent pas se laisser distraire de la prière et du témoignage, reconnaissent que la demande des frères de langue grecque est importante, à savoir le service des veuves de leur groupe, et on pourrait élargir en parlant du service des pauvres. Et c’est pour honorer cette demande qu’ils inventent le diaconat. Telle est la troisième conviction : le Christ est le chemin en nous invitant à servir les pauvres comme lui.
Le Christ est donc chemin en nous engageant dans ces trois convictions. Il est aussi la Vérité, nous dit l’évangile. Comment comprendre cela ? Peut-être en nous invitant à tenir ensemble les trois convictions. Si notre Église était fidèle à l’une en délaissant les autres, elle serait en dehors du chemin, elle serait dans l’erreur. Si on passe beaucoup de temps dans la prière, mais qu’on oublie le service du pauvre, on n’est pas dans la vérité, mais dans l’erreur. Si on cherche à témoigner de l’évangile mais qu’on ne s’y ressource pas soi-même, on est dans l’erreur. Nous ne serons fidèles au Christ Vérité qu’en étant fidèles à ces trois convictions inséparables, qui sont les siennes.
Et le Christ est aussi Vie. Cette vie, je la vois circuler dans l’Église par le souci de la communion dans la fraternité. Les premiers disciples, quand ils veulent faire du neuf dans l’Église, s’adressent aux apôtres ; et les apôtres, pour prendre une décision « convoquèrent l’ensemble des disciples », nous dit le récit des Actes. Cela ressemble à ce qu’on appelle aujourd’hui la synodalité. Il s’agit d’avancer ensemble, et non chacun de son côté. Sans communion fraternelle, l’Église se viderait de sa vie, elle n’aurait plus de sens. Une Église sans fraternité serait morte. Et cette communion fraternelle, elle se vit non pas en se rattachant aux idées des uns ou des autres, mais au Christ. C’est ainsi qu’il est la vie de son Église.
Le Christ est notre Chemin en nous invitant à servir comme lui la parole de Dieu, la prière et les pauvres. Il est notre Vérité en nous invitant à tenir unies ces trois dimensions. Et il est notre Vie en nourrissant la fraternité entre nous. Avec un tel point d’appui, nous pouvons inventer l’avenir avec audace, en restant fidèles à l’héritage reçu. Notre Église à un avenir, car le Christ est vivant en elle.
François RENAUD

