Homélie du 27 avril 2026_Messe pour la Fête de Saint Louis-Marie Grignion de Montfort
Je dois avouer qu’en arrivant dans le diocèse de Nantes il y a bientôt 6 ans, je ne connaissais que peu de choses de la vie de Louis-Marie Grignion de Montfort sur son message et son action missionnaire. Sinon qu’il était un prédicateur itinérant, soucieux d’évangéliser les campagnes en inculturant le message de l’Evangile, un peu « électron libre » et très radical.
Et puis, il y a eu ma première visite au Calvaire de Pontchâteau, très rapidement après mon arrivée, et la rencontre plus que fraternelle des pères montfortains, des sœurs de la Sagesse et des frères de Saint Gabriel. Cette première rencontre, avant même de plonger dans la biographie et les écrits de Louis-Marie, m’a fait percevoir que ce missionnaire itinérant n’était pas aussi austère qu’il y paraissait et que son désir le plus cher était de rayonner de la tendresse de son Seigneur et Maître. Ma curiosité en fut donc aiguisé et j’ai découvert peu à peu un géant de la foi, un infatigable témoin de Jésus, qui ne cesse jamais de marcher au rythme de son Seigneur, le bâton à la main, sans craindre les obstacles sur le chemin, les aléas climatiques ou les petits soucis de santé. Ainsi s’exprimait Mgr Garnier, aujourd’hui décédé, et qui fut évêque de Luçon : « Comme Jésus, Louis-Marie n’a pas de pierre où reposer sa tête. Sa mission, il la vit comme une passion. Il n’arrête pas de marcher. Il marche, il tient la croix, il parle ; il ne s’arrête que pour prier ; son ardeur nous essouffle ; on le croit encore là, il est déjà ici. Son secret ? Il est simple : il aime le Christ passionnément ; il aime les gens ardemment, surtout les plus simples ; il aime l’Église filialement. Dire qu’il aime le Christ, c’est trop peu : il en est habité, il en est rempli, il en est débordé, il est trop petit pour sa Grâce. »
Alors, quelle est donc l’originalité, la fécondité et l’actualité du chemin de sainteté qu’emprunta Louis-Marie ? Je retiendrai 6 points que j’emprunte, une fois encore, à Mgr Garnier :
Premier point, par rapport à Dieu, Marie n’est rien du tout : « J’avoue, avec toute l’Église, que Marie, n’étant qu’une pure créature sortie des mains du Très-Haut, comparée à sa majesté infinie, est moindre qu’un atome, ou plutôt n’est rien du tout, puisqu’il est seul « Celui qui est » (VD 14). Voilà de quoi nous guérir de toute forme de mariolâtrie !
Mais, et c’est le deuxième point, avec Marie, on va plus vite au Christ : « Si la dévotion à la sainte Vierge éloignait de Jésus-Christ, il faudrait la rejeter comme une illusion du diable ; … cette dévotion ne nous est nécessaire que pour trouver Jésus-Christ parfaitement, l’aimer tendrement et le servir fidèlement » (VD 62). Voilà qui nous permet de vérifier que le Christ est bien au centre de la doctrine mariale de Saint Louis-Marie.
Ainsi, et c’est le troisième point, avec Marie et par le Christ, nous allons tout droit au cœur du mystère de la Trinité. « Dieu le Père n’a donné son Unique au monde que par Marie… Le Fils de Dieu s’est fait homme pour notre salut, mais en Marie et par Marie. Dieu le Saint Esprit a formé Jésus-Christ en Marie, mais après lui avoir demandé son consentement » (VD 16). Voilà de quoi aller au cœur de la foi : Dieu se révèle Unique en trois personnes qui veulent nous apprendre à nous aimer entre nous comme elles s’aiment entre elles.
Alors, et c’est le quatrième point, avec Marie et grâce à la Trinité, nous réveillons notre Baptême. Se consacrer à Marie, (c’est ainsi que se terminaient toutes les missions prêchées par Louis-Marie), n’est en réalité rien d’autre qu’une « parfaite rénovation des vœux ou promesses du Saint Baptême » (VD 126). Il s’agit, comme il l’écrit, de « secouer par le Baptême l’esclavage tyrannique du démon » (VD 34). Voilà de quoi réveiller notre baptême et devenir enfin de « vrais » baptisés.
Cinquième point : avec Marie, les baptisés attestent de leur attachement au Christ par la vérité de leur charité à l’égard des plus pauvres, en se mettant à leur service. Nous pouvons, à ce propos, écouter ce que Louis-Marie enseignait aux filles de la Sagesse. Un enseignement qu’elles continuent à vivre aujourd’hui : « O Filles de la Sagesse, aidez les pauvres perclus, les accablés de tristesse, les estropiés, les rebuts. Ceux que le monde délaisse doivent vous toucher le plus ; il faut bien que j’aime, que j’aime, Dieu caché dans mon prochain »
Enfin, le sixième point, qui aurait pu être le premier tant il est fondamental dans la spiritualité de Louis-Marie : la Bonne Nouvelle du Salut est pour tous ! A commencer par celles et ceux qui, en son temps, n’étaient pas considérés et n’avaient aucun droit : tous ceux qui constituaient ce « petit peuple » sans noblesse et sans titre, les malades, les estropiés…
Voilà tout un programme à déployer ! Nous aurons l’occasion de le faire l’an prochain avec cette année diocésaine consacrée au père de Montfort » que j’annoncerai très officiellement vendredi, à Pontchâteau, lors du pèlerinage diocésain pour les vocations. Mais ce sera bien plus qu’une année, car c’est également le programme qu’il nous fera mettre en œuvre au Calvaire de Pontchâteau, tous ensemble, Filles de la Sagesse, Frères de St-Gabriel, pères Montfortains et diocèse de Nantes.
Mgr Laurent Percerou
V.D = Traité de la vraie dévotion à la sainte Vierge
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