Homélie du 6 juin 2026_Fête du Corps et du Sang du Christ
par François RENAUD.
Les mots sont crus. Jésus s’offre en vraie nourriture, il nous invite à manger sa chair et boire son sang. Comment s’étonner que quelques versets plus loin, saint Jean écrive : « Beaucoup de disciples, qui avaient entendu, déclarèrent : ‘cette parole est rude ! Qui peut l’entendre ?’ ». C’est peut-être notre réaction spontanée. Faut-il vraiment prendre au pied de la lettre des paroles aussi radicales ? En même temps, Jésus s’offre à nous comme nourriture pour que nous vivions, et quel serait le meilleur registre que celui des aliments, que nous consommons pour nourrir notre vie ? Jésus s’offre avec son corps, vraie nourriture, pour nourrir notre vie, notre vie éternelle – c’est-à-dire notre vie de maintenant destinée à s’épanouir dans l’éternité.
Les mots sont rudes, mais ils sont vrais. Quand Jésus dit qu’il s’offre à nous pour être la nourriture de notre vie, pour servir notre vie, ce n’est pas une façon de parler, c’est vrai. Nous pouvons essayer de le comprendre à partir de notre propre expérience, particulièrement de notre expérience du service, et notre expérience de l’amour.
Lorsque nous nous rendons disponibles pour servir les autres, ça ne peut pas être qu’une façon de parler. Quand nous nous présentons pour un service – et nous sommes nombreux ici à être engagés dans le service des personnes, auprès des migrants, des personnes isolées dans nos cités, des personnes malades, des enfants, des jeunes à l’aumônerie, de celles qui se présentent au presbytère, etc. – quand nous nous présentons devant ces personnes, c’est bien avec notre corps, notre chair. C’est important de se toucher, de se serrer les mains, de s’embrasser ; c’est important d’être là, physiquement présent. C’est avec notre corps que nous pouvons dire à ces personnes que notre cœur vibre pour elles, et que nous sommes à leur service. C’est avec son corps que le Seigneur vient servir notre vie.
Et c’est aussi avec son corps qu’il nous dit son amour. Cela peut aussi rejoindre l’expérience de beaucoup d’entre-vous. Ces mots que nous entendons au cœur de chaque messe, et que nous sommes invités à entendre de façon neuve en cette fête du saint sacrement, ces mots peuvent aussi être ceux de l’amour : « ceci est mon corps, livré pour toi ». L’amour, en particulier dans le cadre de la relation conjugale, se dit par le corps, et pas seulement par le cœur. Quand le Christ veut nous dire son amour, il nous le dit avec son corps, livré pour nous.
Alors quand le Seigneur Jésus nous dit qu’il donne son corps à manger, nous comprenons qu’il se donne vraiment à nous, pour nous servir et nous aimer vraiment.
L’apôtre Paul nous aide à comprendre un autre volet de cette fête du saint sacrement. « Le pain que nous rompons est communion au corps du Christ. Puisqu’il y a un seul pain, la multitude que nous sommes est un seul corps ». Parce que chacun de nous fait un avec le Christ, ensemble nous ne faisons qu’un en lui. La communion de chacun au Christ nous met en communion les uns avec les autres. Nous pourrions imaginer que pendant le temps de recueillement qui suit la communion, chacun médite non seulement sur le fait d’avoir reçu le corps du Christ, mais aussi sur le fait que son voisin ou sa voisine l’a également reçu. Cela pourrait nous conduire à nous regarder autrement, comme des personnes qui sont toutes vivantes de la vie du Christ, parce qu’à chacune il a donné son corps en nourriture.
Le corps du Christ fait de nous un seul corps. Et alors c’est à nous, pas seulement chacun de son côté, mais ensemble, de devenir pain, nourriture, pour le monde. On pourrait imaginer que notre communauté chrétienne, que notre communauté paroissiale, donne un visage appétissant, et que ceux qui la fréquentent en soit nourris. Mais c’est déjà un peu le cas, je crois : j’entends assez souvent des personnes dire qu’elles se sentent bien dans nos rassemblements dominicaux, qu’elles sont contentes de prendre place dans notre communauté. Je m’en réjouis, évidemment, et je serais heureux aussi si ces personnes disaient que grâce à la qualité de cette communauté, elles se sentent en communion avec le Christ. Car c’est notre vocation, ensemble, de donner visage au corps du Christ.
Le Christ se donne à nous dans le pain et le vin, et il nous donne au monde pour que celui-ci soit vivant de sa vie. Laissons le Christ nous offrir au monde.

