Homélie du 15 août 2026_Solennité de l’Assomption
Par François RENAUD
Au concile Vatican II, il y un peu plus de 60 ans, la question s’était posée de savoir quelle place faire à la vierge Marie. Fallait-il faire un texte qui lui soit spécialement dédié, ou bien parler d’elle dans le texte consacré à l’Église ? Marie est-elle au-dessus de l’Église, ou dans l’Église ? Finalement, le choix a été fait par les pères conciliaires de lui consacrer le dernier chapitre de la constitution sur l’Église, Lumen Gentium. Marie est des nôtres. Elle est une croyante comme nous. Enfin, pas tout à fait comme nous, car parmi les croyants, elle est la première. Elle est d’ailleurs première en tout : première dans la foi, première dans le service, et première dans l’espérance.
Marie est première dans la foi. « Heureuse celle qui a cru » lui dit sa cousine Élisabeth. On sait comment Marie s’est rendue disponible en accueillant la parole de Dieu, en laissant la vie de Dieu entrer dans sa propre vie au jour de l’Annonciation. Et tout au long de sa vie, elle va méditer, laisser résonner en elle, tout ce qu’elle entend de son fils, tout ce qu’elle le voit vivre et dire. Jésus est entré dans le cœur, dans la vie de Marie et n’en est jamais sorti. Comment s’étonner alors que Dieu la fasse entrer dans sa propre vie ? C’est ce que nous fêtons avec cette fête de l’Assomption : Marie qui avait accueilli en elle la vie de Dieu tout entière, est accueillie tout entière dans la vie de Dieu. Elle est la première assumée par Dieu (c’est ce que dit le mot d’assomption) parce qu’elle est la première des croyants. Si Marie est l’une de nous, l’une de notre Église, l’une de notre peuple des croyants, cela signifie que ce qui lui est arrivée nous est offert. En partageant sa foi sur terre, nous aurons part à son destin dans le Ciel.
Première des croyants, Marie est aussi première des serviteurs. C’est ce que l’on entend dans le chant de son Magnificat : « il s’est penché sur son humble servante ». A peine a-t-elle appris la grossesse de sa cousine Élisabeth qu’elle se met en route « avec empressement » pour se mettre à son service. On retrouvera Marie dans une attitude de service à bien d’autres moments, par exemple aux noces de Cana où elle repère les besoins des invités et fait en sorte qu’ils soient bien servis. Le service est dans l’ADN de Marie, et cela n’est peut-être pas sans rapport avec sa foi. Elle témoigne de sa foi en Dieu qui se met au service de l’homme, en se mettant elle-même au service des autres. Parce qu’elle est totalement croyante, elle est totalement servante. Comment s’étonner alors qu’après de cette vie de service, Dieu lui-même l’accueille en se mettant au service de sa vie ? Alors si nous-même avons cette conviction que notre vie est faite pour servir les autres, comment ne partagerions-nous pas cette espérance d’entrer en communion avec un Dieu serviteur ?
Marie est enfin première dans l’espérance. Et cette espérance ne manque pas de nous interpeller aujourd’hui encore. Réentendons quelques mots de son chant : « la miséricorde du Seigneur s’étend d’âge en âge sur ceux qui le craignent ; il disperse les superbes, renverse les puissants de leur trône, élève les humbles, comble de bien les affamés, renvoie les riches les mains vides ». Avouons qu’il ne nous est pas très difficile de mettre des noms et des visages derrière les situations évoquées. Des humbles, des affamés en attente d’être élevés et comblés, nous en connaissons, nous en rencontrons, y compris dans notre paroisse et nos quartiers ; des riches, des puissants, des superbes, dont nous aimerions bien qu’ils soient dispersés, renversés, renvoyés, nous en connaissons aussi. Pas la peine d’être dans un parti extrémiste pour désigner toutes ses personnes, il suffit d’écouter, et de faire nôtre, le chant de la vierge Marie. Je la disais première en espérance. Où se loge cette espérance ? dans les verbes au présent, et non pas au futur : Marie ne dit pas que Dieu élèvera les humbles, mais qu’il les élève dès aujourd’hui, ni qu’il renverra les riches les mains vides, mais qu’il les renvoie dès aujourd’hui. Marie est celle qui discerne l’œuvre de Dieu dans l’aujourd’hui de la vie ; elle voit ce que Dieu est en train de faire aujourd’hui, et qui ne manquera pas de se manifester pleinement demain. Et elle nous invite à le voir, à le chercher, avec elle.
Marie est donc première en espérance, comme elle l’est dans la foi et dans le service. Et ce n’est pas sans rapport : son espérance vient de sa foi : elle croit que Dieu est à l’œuvre aujourd’hui, elle en fait l’expérience dans sa propre vie ; et son espérance se manifeste par son service : elle sait que ça vaut la peine de se mettre au service des plus humbles, parce que ce faisant, elle sert avec Dieu, et que grâce à Dieu, ce service portera du fruit.
Avec notre foi dans l’Assomption de la vierge Marie, en croyant qu’elle est vivante auprès de Dieu, nous croyons que Dieu continue à nous soutenir, par elle, dans la foi ; qu’il continue, par elle, à soutenir notre espérance ; qu’il nous encourage, par elle, à tenir dans le service. Vierge Marie, prie pour nous, qui sommes pécheurs, maintenant et à l’heure de notre mort.
Amen.

