L’église Saint-Louis-de-Montfort a été béni par l’évêque de Nantes, Jean Villepelet le 26 avril 1957. Elle est placée sous le vocable de Saint Louis-Marie Grignion de Montfort, qui commença son ministère à Nantes au sein de la communauté Saint-Clément.

Fils aîné d’une nombreuse famille, Louis-Marie était né en 1673 à Montfort-la-Cane, dans le diocèse de Saint-Malo. Avocat sans cause, son père avait bien du mal à élever sa famille et sans le secours financier de personnes charitables, Louis- Marie, qui se sentait fortement attiré vers le sacerdoce, n’aurait jamais pu faire d’études et, encore moins, être admis à St- Sulpice (à remarquer, toutefois, que c’est dans une annexe de cette prestigieuse maison, où l’on recevait les enfants de familles pauvres, qu’il fut admis).
« Il avait alors 20 ans. A Saint-Sulpice, on souriait quelque peu de ce jeune Jean le Baptiste qui avait sans cesse le Saint- Esprit à la bouche, annonçait la fin des Temps, était plus austère qu’un janséniste et plus dévot de la Sainte-Vierge qu’un jésuite » (1) .
En 1700, il est ordonné prêtre et rejoint, pour un court séjour à Nantes, la compagnie des Piétistes de Saint-Clément, Compagnie de prêtres spécialisés dans l’évangélisation des campagnes. On sait, qu’à cette époque il prêcha une mission à Grandchamp, une autre au Pellerin, mais sa fougue s’accommodait mal du traditionalisme de ses collègues de la Compagnie et, au bout de 10 mois, il répond positivement à l’appel de l’évêque Girard de Poitiers qui est persuadé qu’un prêtre de cette trempe ne peut que faire un bien immense dans les quartiers populaires de sa ville.
Arrivé à pied, « il se mit à parcourir les places et les carrefours, et à interpeller les mendiants et les infirmes. Les pauvres le suivaient, des gens de qualité se mêlaient aux pauvres, M. de Montfort entraînait tout ce monde vers la chapelle Saint-Nicolas, mais, comme la chapelle était trop petite, ce fut sous les Halles qu’il prêcha » (2) .
L’évêque de Poitiers, devant une telle fougue apostolique, lui confie alors l’aumônerie de l’hôpital.
L’hôpital et les Filles de la Sagesse
L’hôpital est dans un état de délabrement physique et moral à peine croyable. Louis-Marie décide alors d’associer les malades à la marche temporelle et surtout spirituelle de la Maison. Il groupe des malades volontaires, leur fait réciter l’Office autour d’une croix dans la grande salle de l’hôpital. Il n’hésite pas à s’occuper lui-même des malades les plus répugnants et les plus contagieux.
Tout cela se sait dans la ville de Poitiers et l’étonnement est à son comble quand on voit « la fille du Procureur du Roi au Présidial, Trichet, qui vient lui proposer de l’aide, quitte son habit mondain, se vêt de grosse étoffe grise et prend le nom de Marie-Louise de Jésus » (3) . C’est ainsi que naîtront les Filles de la Sagesse dont Marie-Louise n’est encore que la première novice. Elle prendra officiellement l’habit en 1703 et « quand elle sort dans les rues, avec sa robe de grosse laine grise plissée à la ceinture et sa cornette de lin blanc, on ne peut souffrir que cette élégante personne n’ait pas reçu au moins un costume plus seyant. La mode est indignée du goût de M. de Montfort » (4) .
Tout cela fait grand bruit : des infirmières bousculées par le dynamisme apostolique de Louis- Marie se déclarent ses ennemies jurées ; il est attaqué de toutes parts. C’est la cabale : on se dresse contre ce moraliste intransigeant. Le nouvel évêque de Poitiers se laisse tromper et interdit, au moins pour un temps, à Louis-Marie de célébrer la messe. L’hôpital de Poitiers n’ayant plus besoin de lui, il part et, après un bref passage à Paris, décide de se mettre au service des diocèses de l’Ouest, pour y prêcher des Missions.
Le missionnaire apostolique
Nous sommes en 1705, Louis-Marie a 32 ans. Sa vie d’apôtre commence. « Autant que St Vincent de Paul, Louis-Marie Grignon éprouve l’angoisse des masses rurales où l’Évangile n’est plus vivant. Armé de son rosaire et de ce grand crucifix qu’en parlant il dresse au-dessus de sa tête comme une sauvegarde, il part en mission : il prêche, il relève des calvaires, il rebâtit des églises » (5) .
On l’appelle en Bretagne comme en Normandie, en Poitou comme dans l’Aunis et la Saintonge. Sa parole enflamme les uns et fait pleurer les autres ; sa charité est devenue proverbiale, et si certains, même parmi les évêques qui l’on fait venir, trouvent qu’il va un peu loin, il répond : « Si la sagesse consistait à ne rien entreprendre de nouveau pour Dieu… les Apôtres auraient eu grand tort de sortir de Jérusalem ; Saint-Paul, en tous cas, n’aurait pas dû faire tant de voyages, ni Saint-Pierre arborer la Croix sur le Capitole ».
Ces missions, il ne les fait pas seul, mais travaille en lien avec d’autres missionnaires. En outre, il ne se contente pas de prêcher, il aime les processions, les grandes manifestations et transporte toujours avec lui bannières et oriflammes. Il lui arrive de composer lui-même les cantiques qu’il fait chanter sur des airs bien connus et ne dit-on pas qu’avant une mission, il parcourt la campagne en chantant : « Alerte ! Alerte ! Alerte ! La mission est ouverte. Venez-y tous, mes bons amis. Venez gagner le paradis ».
Louis-Marie Grignon éprouve l’angoisse des masses rurales où l’Evangile n’est plus vivant. Il part en mission : il prêche, il relève des calvaires, il rebâtit des églises. Pourtant, à la longue, face à cette « fourmilière de péchés et de pécheurs que j’attaque et qui ne me laissent aucun repos », suivant ses propres paroles, il se sent découragé et part à pied à Rome. Reçu en audience le 6 juin 1708 par le pape Clément XI, celui-ci confirme sa vocation en lui donnant le titre de « missionnaire apostolique ». Il revient réconforté, prêt à soutenir toutes les contrariétés qui lui viendront des jansénistes et des autres.
Une déconvenue de taille l’attendait en 1710 : dans la lande de la Madeleine, à Pontchâteau, il avait fait ériger, par toute la population charroyant des tombereaux de terre, le fameux calvaire. Le 13 septembre, la veille de la bénédiction, l’évêque de Nantes lui faisait savoir qu’il interdisait la cérémonie. En effet, Louis XIV, abusé par de faux rapports, ordonnait la démolition de la « forteresse » de Pontchâteau. Louis-Marie tombe alors à genoux en disant : « Le Seigneur a permis que j’aie fait faire le calvaire, il permet maintenant qu’il soit détruit, que son saint nom soit béni ». Et C’est ainsi que le calvaire que nous connaissons n’est plus celui d’origine, mais celui qui fut reconstruit au X1X ème siècle.
Pour continuer son œuvre, il se fait fondateur d’ordres
Pour transmettre son message, il écrit le Traité de l’Amour de la Sagesse éternelle et le Traité de la vraie dévotion à la Sainte Vierge. Des ouvrages dont l’enseignement est toujours actuel : le pape Jean-Paul II venant en pèlerinage à St Laurent-sur-Sèvre en 1996, a révélé que lorsqu’il était travailleur forcé, en Pologne, sous le régime communiste, il avait toujours dans sa poche un écrit de Saint-Louis-de-Montfort.
Quand Louis-Marie sent venir la mort, à St-Laurent-sur-Sèvre, en 1716, alors que Louis XIV a laissé la place à une Régence qui favorise toutes les dégradations spirituelles, il s’écrie, tel un prophète des temps bibliques : « Seigneur, souvenez-vous ! Il est temps de faire ce que vous avez promis ! Votre divine loi est transgressée, votre Evangile méconnu, votre religion abandonnée… C’est par votre Mère que je vous prie. Souvenez-vous de ses entrailles et ne me rebutez pas ! Seigneur levez-vous dans votre miséricorde ! ».
La Mission de St Similien et la Croix de notre église
Il existait, au 21 de la rue des Hauts-Pavés, une vieille maison de style XV ème -XVI ème que l’on appelait la cour Catuit. Elle aurait été un ancien repos de chasse des ducs de Bretagne. Epargnée par le temps et par les guerres, elle se dressait avec son pignon pointu parmi les autres maisons de la rue. Elle a longtemps abrité un serrurier qui, si nos souvenirs sont exacts, se signalait par une vieille enseigne en fer forgé représentant une grande clé. Puis, un jour, vers les années 1960, cette maison, dont l’état était devenu précaire, ne fut pas restaurée, malgré sa valeur historique, mais démolie. A son emplacement, on fit un passage qui sera baptisé : « la Cour des Songes » agrémenté d’une fontaine, et, seule une plaque y rappelle aujourd’hui le souvenir du passage de Saint-Louis-de-Montfort. On y lit :
DANS CETTE RUE EXISTAIT AU XVème SIECLE LA COUR CATUIT,
REPOS DE CHASSE DES DUCS DE BRETAGNE,
SAINT-LOUIS-MARIE-GRIGNON-DE-MONTFORT Y CREA, AU XVIIIème SIECLE,
LE PREMIER LOGEMENT DES INCURABLES
Ce que nous savons certainement, c’est que cet homme apostolique donna une mission à St Similien en 1708, avec le Père Joubert, jésuite ; et il se peut qu’il ait été, dans l’intervalle de la mission, célébrer les saints mystères au château des Hauts-Pavés.
En 1708, dans cette église St Similien, il y avait une grande croix devant laquelle Le Père de Montfort prêcha, pria et fit prier. En 1936, devant l’extension de la ville de Nantes qui faisait de St Similien une paroisse au territoire trop étendu, l’évêque de Nantes décida la fondation de la paroisse Ste-Thérèse. St Similien, que cette fondation soulageait, offrit au Père Larose, curé fondateur de Ste Thérèse, cette croix qui fut placée au fond du chœur de l’église provisoire.
Enfin, quand, en 1957, la paroisse Saint-Louis-de-Montfort fut fondée sur une partie du territoire de Ste Thérèse, tout naturellement, cette paroisse offrit la croix au nouveau centre religieux qui portait le nom de celui qui l’avait connue. C’est cette croix, dont le Christ est en bois sculpté, qui figure aujourd’hui à gauche de l’autel, dans notre église.
Textes extraits de la plaquette éditée pour les 40 ans de notre paroisse
Plus d’infos sur le site : http://www.infobretagne.com/grignion-montfort-nantes.htm
Vous pouvez consulter les écrits de St Louis de Montfort sur le site : http://jesusmarie.free.fr/grignion_de_montfort.htm
La famille montfortaine comprend actuellement : les Missionnaires Montfortains, les Filles de la Sagesse et la congrégation des Frères de Saint Gabriel qui poursuit son œuvre éducatrice avec près de 100 établissements dans 33 pays.
De nombreux souvenirs des missions (de1708 à 1711) de St Louis-Marie (statues et vitraux d’églises,calvaires) subsistent à Asserac, Besne, Bouguenais, Cambon, Camoël, Chapelle des marais, Clisson,Crossac, Grandchamps, Herbignac, La Chevrolière, Landemont, Notre-dame et Saint-Sauveur, La Remaudière , Le Pélerin, Missillac, Pontchateau, Saint Fiacre, Saint Molf, Vertou… à St Similien deNantes : 2 vitraux et une statue par J.Vallet (le sculpteur Nantais du Calvaire de Pontchâteau).Un musée retrace sa vie, à Saint-Laurent-sur-Sèvre. Le célèbre hôpital Montfort d’Ottawa, capitale du Canada, porte son nom.
(1) Daniel-Rops – L’Eglise des temps classiques – le Grand Siècle des Ames – Paris 1958 – p. 331
(2) René-Bazin – Fils de l’Eglise- Tours 1927 – p. 209
(3) Daniel-Rops -oc.- p.332
(4) René-Bazin -oc- p.211
(5) René-Bazin- p.332

