Homélie du 4 avril 2026_Nuit de Pâques
Hier, on aurait pu penser que tout était perdu, que Dieu avait été mis en échec. Son messie, qui a été arrêté, jugé, condamné, torturé, est mort sur la croix et a été enseveli. Il annonçait l’amour et la paix, mais la haine et la violence semblent avoir eu le dernier mot.
Ce n’est pas sans évoquer, peut-être, des situations que certains d’entre nous peuvent vivre, quand ils se savent condamnés pas une maladie, enfermés dans une mauvaise réputation, sans espoir de retrouver un travail, écrasés par des soucis financiers, préoccuper par des questions familiales. Et je ne parle pas de ceux qui sont engloutis dans la guerre, comme au Proche et au Moyen Orient. Comme hier, Vendredi Saint, on pourrait se croire dans une impasse.
Pourtant ce soir, même si c’est encore de nuit, nous sommes invités à relire notre vie, y compris dans ce qu’elle a de plus sombre, pour essayer d’y reconnaître des signes d’espérance et nous tourner vers la lumière. C’est ce qu’a fait saint Jean, dans le récit de la Passion que nous avons pu entendre hier. Quand il relate la passion de Jésus, Jean le fait à la lumière de sa foi en la résurrection, et dans le fil de son récit, il disperse comme des petits cailloux blancs, qui devraient nous faire tendre l’oreille et soutenir notre espérance, car ils ouvrent l’avenir. Voulez-vous que nous reprenions, non pas tout le long récit de la passion, mais ces petits cailloux blancs ? J’en vois trois ; s’ils sont pour nous tous, ils sont spécialement pour vous, amies catéchumènes qui allez recevoir le baptême. Je recueille ces trois petits cailloux blancs en remontant le fil du récit de la Passion.
Premier petit caillou blanc. Jésus est déjà mort, et un soldat pour s’en assurer lui perce le flanc avec sa lance. Et, nous dit saint Jean, « aussitôt, il en sorti du sang et de l’eau ». L’eau, elle va nous faire penser au baptême (« L’eau que je lui donnerai deviendra en lui une source d’eau jaillissant pour la vie éternelle » avait dit Jésus à la Samaritaine) ; et le sang évoque l’eucharistie (« Qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle » avait dit Jésus un peu plus tôt dans l’évangile de Jean. Dans la mort de Jésus, Dieu prépare l’avenir, il prépare notre avenir. S’il est mort, c’est pour que nous ayons la vie. Tout à l’heure, amies catéchumènes, vous serez baptisées dans la mort et la résurrection de Jésus. Vous aurez part à la vie qui s’écoule de son flanc. Et par votre communion à corps et à son sang, vous recevrez cette nourriture qui nourrit notre vie chrétienne. Premier petit caillou blanc dans ce sombre récit de la Passion : la vie de Jésus n’est pas perdue sur la croix, elle nous est donnée.
Deuxième petit caillou blanc. Jésus, sur la croix, « remit l’esprit ». On pourrait penser que c’est équivalent à « il rendit son dernier souffle ». Mais sous la plume de saint Jean, ça dit beaucoup plus. Le vocabulaire employé dit que Jésus transmet l’Esprit, qu’il nous donne son Esprit. Jésus meurt, mais son Esprit ne meure pas, puisqu’il nous le remet. L’Esprit qui habitait en Jésus, c’est à nous qu’il est donné, pour que nous soyons vivants de la vie de Dieu. Amies catéchumènes, tout à l’heure vous serez marquées de l’huile sainte, le Saint-Chrême, signe que c’est bien dans l’Esprit de Jésus que vous êtes baptisées. Deuxième caillou blanc dans ce récit de la Passion : l’Esprit de Jésus n’est pas perdu, il nous est donné.
Troisième petit caillou blanc. Jésus, voyant au pied la croix sa mère et son disciple bien-aimé, les confie l’un à l’autre : « voici ton fils », dit-il à sa mère ; « voici ta mère », dit-il au disciple bien-aimé. Qu’est-ce que Jésus fait là ? Il crée l’Église, qui est le peuple où nous sommes confiés les uns aux autres, pour nous soutenir dans la foi. Et il confie l’Église, la communauté des disciples, à sa mère, Marie, que nous fêterons comme mère de l’Église à la fin du temps pascal. Par le baptême, nous devenons des fils, des enfants de Dieu, et c’est ce qui va advenir pour vous, amies catéchumènes. Par le batême, vous allez devenir membres de l’Église, qui a vocation à être une fraternité de croyants. Et vous prendrez votre part dans cette fraternité. C’était mon troisième petit caillou blanc : en mourant, Jésus ne nous laisse pas seuls, il nous confie les uns aux autres.
Vous allez sans doute penser que c’est une drôle d’idée d’avoir prêché la Résurrection en prenant appui sur le récit de la Passion. Mais c’est justement dans la foi en la résurrection que nous pouvons discerner ces cailloux blancs. De même que c’est dans la foi que nous pouvons discerner, dans notre vie parfois sombre et compliquée, les signes d’espérance et de vie. Notre foi en la résurrection ne vient pas transformer notre vie d’un coup de baguette magique, elle vient l’éclairer. Demandons cette grâce au Ressuscité : qu’il nous fasse chanter en vérité : Alléluia !
François RENAUD

