Homélie du 12 juillet 2026_15ème dimanche ordinaire
Par François RENAUD
Que venez-vous d’entendre ? Un texte d’évangile qui parle de semence, de germination, de fruit. Mais encore ? « Celui qui a des oreilles, qu’il entende ! » Alors qu’avons-nous entendu ? ou plutôt, quelle bonne nouvelle avons-nous accueilli ? Car entendre, c’est accueillir au fond de soi, c’est faire de la place en soi pour ce qui vient d’un autre.
Alors, quelle bonne nouvelle pouvons-nous accueillir aujourd’hui ? Essentiellement ceci : la Parole de Dieu est vie. Pas seulement chemin pour bien vivre. Quelquefois, on réduit la Parole de Dieu à un discours moral : elle nous dirait ce qu’il faut faire et ce qu’il ne faut pas faire : aimer son prochain, servir le plus petit, pardonner, ne pas juger. Tout cela n’est pas faux, bien sûr ; l’Évangile trace un chemin qui conduit à bien vivre. Même des non-chrétiens aiment lire l’Évangile parce qu’ils y trouvent un beau discours de sagesse.
Mais quand on est chrétien, on y trouve plus que cela. La Parole de Dieu est aussi la Vie, qui féconde notre vie. C’est ce que nous dit Jésus aujourd’hui, c’est ce que disait déjà le prophète Isaïe : la parole de Dieu, comme la pluie, féconde et fait germer.
La Parole de Dieu est Vie, parce qu’elle nous fait rencontrer Dieu lui-même, elle nous fait entendre son amour pour nous, elle nous met en sa présence, lui qui est le Dieu vivant, le Dieu de toute vie. Elle est Vie parce qu’elle nous dit que nous sommes aimés, aimés de Dieu. Pas seulement que nous sommes appelés à aimer – cela, c’est une parole de sagesse- mais que nous sommes aimés vraiment.
C’est cette parole-là qui est féconde et qui fait porter du fruit à notre vie. Comment cela ? En touchant notre cœur et en le transformant. Le fruit premier, le fruit essentiel de la Parole de Dieu, c’est de nous transformer de l’intérieur. En fréquentant régulièrement la Parole de Dieu, on laisse Dieu nous conformer à lui ; il nous révèle son amour pour nous et pour tout homme, il nous dit tout le bien qu’il veut pour nous et pour notre monde, il nous fait porter sur les autres, sur le monde et sur nous-mêmes un regard d’amitié, un regard d’espérance. La Parole de Dieu nous habitue à voir le monde à sa façon, à voir les hommes à sa façon, à nous voir nous-mêmes à sa façon. Et quelle est sa façon ? C’est l’amour – ou encore, pour prendre un mot moins galvaudé – c’est l’estime. Dieu a de l’estime pour nous, même quand nous sommes pécheurs, alors que nous-mêmes pourrions être enclins à nous déprécier. Dieu a de l’estime pour les autres, et en particulier pour les plus fragiles, pour ceux qui aux yeux du monde sont les moins estimables. Dieu a de l’estime pour notre monde, pour notre terre, alors que trop souvent nous nous comportons comme des prédateurs de celle-ci.
Cette culture de l’estime, elle est déposée en nous par la Parole de Dieu, et elle produit son fruit petit à petit, au fil du temps. Il en faut, du temps, pour que nous convertissions notre regard et notre façon de faire. Il en faut, du temps, pour que nous passions d’un regard superficiel à un regard en profondeur, pour que nous sachions dépasser les apparences et reconnaître les richesses cachées en chacun. C’est pour cela qu’il faut laisser à la Parole le temps de nous transformer.
Alors quel temps prenez-vous pour accueillir la Parole de Dieu ? Il y a le temps de l’eucharistie, comme vous le prenez aujourd’hui, et c’est le plus important : nous passons une partie importante de la messe à entendre la Parole de Dieu. Il peut aussi y avoir le temps de la méditation de l’évangile, chaque jour. Et pourquoi pas aussi le temps de la lecture au long cours de la Bible. Ce n’est jamais du temps perdu, car en prenant le temps d’accueillir la Parole de Dieu, nous laissons à Dieu le temps de transformer notre cœur. Et plus encore, nous permettons à Dieu de poursuivre son œuvre créatrice. Vous vous rappelez le début de la Bible : Dieu dit, et cela fut. Dieu crée le monde par sa Parole. Et cette création n’est pas achevée, elle est toujours d’actualité. C’est ce que nous a rappelé saint Paul dans le passage que nous avons entendu de la Lettre aux Romains : la création est un enfantement qui dure encore. Laisser à Dieu la parole, c’est lui laisser le temps de nous conduire vers la vie, et de conduire le monde tout entier vers la vie, vers plus de vie.
Dieu aujourd’hui continue son œuvre créatrice, et il le fait en semant la Parole, abondamment. Il poursuit cette œuvre créatrice en cette eucharistie. Dans un instant, nous allons nous tourner vers l’autel, où le Christ, Parole de Dieu, va prendre chair. Entre la Parole que nous accueillons, et le Corps du Christ que nous recevons, il y a une sorte d’identité. C’est à chaque fois le Christ que nous accueillons en nous pour qu’il produise du fruit, un fruit de conversion, un fruit de création, pour que nous soyons plus vivants, et plus humains.
« Celui a des oreilles, qu’il entende ! »

