Homélie du 4 octobre 2026_27ème dimanche ordinaire
La parabole des vignerons homicides, proclamée peu avant la Passion, interroge notre rapport à l’autorité divine et à la gratuité des dons de Dieu. Emmanuel Mériaux, diacre permanent du diocèse de Nantes en tire une méditation sur notre manière de nous en remettre à Dieu et de grandir dans la confiance en Lui.
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Le signe de la vigne
Les grands prêtres et les anciens sont en controverse avec Jésus, et ils le questionnent au sein même du Temple sur l’origine de son autorité. Jésus leur donne alors à entendre une troisième parabole sur le travail de la vigne et il interroge leur foi. La question n’est plus de savoir quelle est la juste récompense du travail des ouvriers, ni quel est le fils qui fait la volonté du père. Il s’agit de remettre le produit de la vigne à son propriétaire, quand arrive le temps des fruits.
La culture de la vigne nécessite beaucoup de soin, de protection et d’attention ; pour son propriétaire, elle est la promesse d’une vendange qui donnera, avec le temps, le vin de la joie. Dans toute la Bible la vigne représente l’épouse et, par extension, le peuple ; elle est le symbole de la générosité divine (440 mentions) et Jésus s’inspire du chant d’Isaïe à sa vigne infidèle pour blâmer les vignerons homicides. « Les grands prêtres et les pharisiens avaient bien compris qu’il parlait d’eux », un verset que ne retient pas la liturgie.
Les fruits de la vigne
Le maître du domaine condamne les vignerons pour avoir voulu s’approprier les fruits alors qu’ils n’en sont que les intendants, non les propriétaires. Ils détournent à leur profit le produit de la vigne, au lieu de le remettre à celui qui leur en a confié le travail pour un temps donné. Ils commettent ainsi la même erreur de jugement qu’Adam et Eve qui s’emparèrent du fruit de l’arbre qui appartient à Dieu, au lieu de vivre de la gratuité de ses dons. Aurons-nous la lucidité de voir qu’il s’agit aussi de nous, avec nos mille manières mesquines d’être de piètres vignerons ?
Ces ouvriers de la première heure seront finalement exclus, et la vigne passera aux mains d’autres vignerons. Peu importe qu’ils n’arrivent qu’en dernière heure, et qu’ils viennent d’une autre nation, eux accompliront l’essentiel : remettre le produit au maître de la vigne en temps voulu.
Qu’est-ce que remettre le produit de la vigne ? En grand, il s’agit peut-être de reconnaître l’autorité du maître de la vigne, en faisant la volonté du Père, comme le fils bien aimé. En petit, savoir s’en remettre à Dieu, dans la prière, en abaissant notre volonté de puissance sur notre vie ou celle des autres.
Prononcée très peu de temps avant la Passion, cette parabole où un fils est tué en dehors du domaine, nous désigne à l’horizon le sacrifice du Christ : après avoir donné son sang sur la croix hors des murs de Jérusalem, il ressuscite pour donner la Vie « à un autre peuple ». Cet autre peuple, hors des murs et sans frontière, rassemblera désormais les ouvriers issus de toutes les nations et générations qui feront grandir le royaume de Dieu jusqu’au temps de la récolte.
Mais la conclusion de la parabole retourne la condamnation en une promesse d’espérance pour tous. La pierre rejetée, les minutes quotidiennes gaspillées par notre orgueil, tout cela est devenu la clé de voûte de l’édifice ; autrement dit, le rejet et la mort violente de Jésus aboutissent à la Résurrection, socle de la nouvelle alliance. Car Dieu veut que tous les hommes soient sauvés.
Prier
Seigneur, tu es la vigne véritable, et je suis un de tes sarments. J’aime demeurer en Toi.
Tu me partages déjà tout ce que te donne le Père, et tu veux que je porte du fruit en abondance.
Garde-moi attaché à toi, sous la chaleur du jour et dans la fraîcheur des nuits.
Redis-moi que lorsque je te présenterai les fruits de ma vie, tu ne m’appelleras pas serviteur mais ami.
Tu m’inviteras au premier rang du banquet de ton Royaume, et tu me donneras de goûter le vin de la Vie éternelle.


