Homélie de Noël
Saint-Louis de Montfort – 24-25 décembre 2025
Nous venons de déposer l’évangile dans la crèche, après y avoir installé l’enfant Jésus. De même, nous avons encensé l’évangile, puis l’enfant Jésus. Pourquoi faire ce rapprochement entre le livre et la représentation du divin enfant ? En réalité, ce n’est pas un livre que nous avons encensé, mais la parole de Dieu que nous avons entendue ; et ce n’est pas la représentation de Jésus que nous honorons, mais la parole que Dieu nous délivre par la naissance de cet enfant. Par lui, comme par le livre des évangiles, Dieu nous parle. Jésus est la parole que Dieu nous adresse aujourd’hui – saint Jean, dans son évangile, nous dit avec la plus grande solennité que le Verbe, la parole de Dieu, s’est fait chair.
Donc nous voici invités à tendre l’oreille du côté de Jésus, c’est lui qui va nous donner à entendre la parole de Dieu, qui va nous dire qui est Dieu vraiment, et ce qu’il attend de nous. Il est venu parmi nous pour cela.
Mais est-ce qu’il n’est pas encore trop tôt pour prêter l’oreille ? Un bébé n’a pas grand-chose à dire, si ce n’est qu’il a faim, qu’il a envie d’être pris dans les bras. De la mangeoire de la crèche, on n’entend que quelques vagissements. Sérieusement, est-ce que cela peut être la parole de Dieu ?
Et pourtant l’ange annonce aux bergers une bonne nouvelle dès cette nuit de Noël. Alors tendons un peu mieux l’oreille, et écoutons la bonne nouvelle qui nous vient de la crèche. J’entends au moins trois choses.
Une première chose : le bébé de la crèche nous dit que Dieu rejoint notre humanité dans sa condition la plus fragile. Quoi de plus vulnérable qu’un nourrisson, qui dépend entièrement des autres, et d’abord de ses parents, pour entrer dans la vie, pour tenir dans la vie ? En Jésus, Dieu se fait bébé. Et Dieu épouse notre fragilité d’une autre façon, encore : il vient au jour dans la pauvreté, dans le dénuement d’une étable, parce que personne n’a voulu accueillir ses parents à Bethléem. Comme un SDF. Oui, en Jésus, Dieu entre dans notre humanité par la petite porte. Et depuis cette nuit de Noël, il nous invite à voir sa ressemblance parmi les personnes les plus fragiles, les plus vulnérables. Avant l’événement de Noël, on pouvait penser que pour être tourné vers Dieu, il fallait lever les yeux vers le ciel, quitte à les détourner de la terre. Aujourd’hui, Dieu nous dit qu’il faut le chercher au plus bas. C’est là qu’il nous invite à le reconnaître, et à le servir. Voilà déjà comment Jésus est parole de Dieu, avant même qu’il ait appris à parler.
Et ce n’est pas tout. Que nous dit encore Dieu en Jésus ? Qu’il entre discrètement dans notre monde, et qu’il faut le chercher si on veut le trouver. On aurait pu imaginer que Dieu entre dans notre monde de façon tonitruante, comme un roi entre dans une ville avec toute son armée. Non, c’est tout le contraire. Un peu naturellement, on pourrait craindre Dieu, penser qu’il faut lui obéir sinon gare à nous. À Noël, Dieu nous dit – comme l’ange le dit aux bergers – « ne craignez pas ». Il ne vient pas pour nous forcer à le suivre. Au contraire, il s’offre à notre accueil, sans s’imposer. Dans la prière, il nous arrive assez souvent de demander quelque chose à Dieu, un peu comme si nous voulions le mettre au service de nos besoins. Et quand nous sommes polis, nous lui disons « s’il te plaît ». À Noël, les choses s’inversent : c’est lui qui vient nous demander de l’accueillir, en nous disant « s’il te plaît ». Il ne force pas notre porte, il y frappe. Un Dieu immensément respectueux de notre liberté, telle est encore la manière dont Jésus est parole de Dieu depuis la crèche.
Et puis encore, l’ange invite les bergers à se rendre à la crèche, à entourer l’enfant Jésus. Les crèches dans nos maisons, dans nos églises le représentent bien : tous les personnages, et les moutons, et l’âne et le bœuf, sont tournés vers le berceau ; et bientôt ce sont les mages qui rejoindront ce public. Il y a une forme d’unité qui se crée, dans la paix, autour de Jésus, alors qu’il n’a encore rien dit ni fait. Mais déjà il suscite une forme d’admiration, d’émerveillement, qui nous conduit à le contempler tranquillement, joyeusement, simplement. « Gloire à Dieu », chantent les anges, et ils poursuivent : « paix sur la terre aux hommes qu’il aime ». La paix qui s’installe autour de Dieu, et grâce à lui : voilà encore ce que nous dit l’enfant de la crèche.
Décidément, Jésus dit beaucoup de chose avant même qu’il ait prononcé le moindre mot. C’est qu’il ne vient pas nous délivrer la parole de Dieu, comme l’ont fait les prophètes avant lui, mais qu’il est la Parole de Dieu, le verbe de Dieu fait chair.
[Jour de Noël : C’est ce que nous a rappelé l’épître aux Hébreux : après avoir parlé à nos pères par les prophètes, Dieu nous a parlé par son Fils, expression parfaite de son être.]
Par toute sa vie, de sa naissance à sa mort sur la croix et à sa résurrection, Jésus est parole de Dieu. Avez-vous remarqué que c’est ce que nous proclamons, sans trop y faire attention, à la fin de la lecture de l’évangile à chaque messe, en faisant le lien entre Jésus et la parole de Dieu ? « Acclamons la parole de Dieu – louange à toi Seigneur Jésus ».
François RENAUD
