Homélie du 1er janvier
Homélie pour la fête de Sainte Marie, Mère de Dieu
Le texte d’évangile aujourd’hui nous met en présence de la foi. C’est le début de la foi en Jésus-Christ pour les bergers, et l’enracinement dans la foi de la vierge Marie. Et si la nouvelle année était pour nous l’occasion d’un enracinement nouveau dans la foi ? Mettons-nous à l’école des bergers, et de Marie.
Les bergers, d’abord. Vous vous souvenez que dans la nuit de Noël, ils ont reçu une annonce de la part d’un ange : « À Bethléem, un sauveur vous est né, c’est le Christ ». Un sauveur, rien que cela ; c’est-à-dire quelqu’un qui peut sauver, sauver de la mort, de la défaite, de la noyade – on parle plutôt dans notre langage contemporain de sauveteur, mais c’est un peu la même idée. Bref, un sauveur, c’est nécessairement quelqu’un de très fort, de très puissant, de très solide. C’est d’ailleurs ce que laissait envisager la prophétie d’Isaïe entendue dans la nuit de Noël, rappelez-vous : « Un enfant nous est né ! Sur son épaule est le signe du pouvoir ; son nom est proclamé : ‘Conseiller-merveilleux, Dieu-Fort, Père-à-jamais, Prince-de-la-Paix.’ ». Donc les bergers reçoivent cette annonce qu’un grand sauveur leur est né à Bethléem. Et ils y croient. La preuve, c’est qu’ils se mettent en route sur les indications de l’ange, en s’imaginant sans doute voir quelqu’un de spectaculaire.
Ils arrivent donc à la crèche ; et que voient-ils ? Un nouveau-né, couché dans une mangeoire. Il n’y a pas plus petit ni plus pauvre. Est-ce vraiment lui, le sauveur annoncé, celui qu’ils imaginaient ? C’est presque risible. En tout cas, c’est très déconcertant. Entre ce qu’ils ont cru, et ce qu’ils voient, il y a une telle différence ! Alors, que vont-ils faire ? Croire la parole que l’ange leur a dite (c’est le sauveur), ou croire ce qu’ils voient (un pauvre bébé) ? Vont-ils abandonner leur rêve pour s’aligner sur la réalité de ce qu’ils voient ? Ou vont-ils regarder autrement ce qu’ils voient parce qu’ils continuent à croire en l’annonce qui les a fait rêver ?
L’évangile nous donne la réponse : « Après avoir vu, ils racontèrent ce qui leur avait été annoncé au sujet de cet enfant ». Ils ont décidé de regarder cet enfant avec un regard de foi, et c’est leur foi en cet enfant qu’ils proclament. C’est ici qu’ils nous rejoignent peut-être. Pouvons-nous prêter foi à tout ce qu’on nous dit de Jésus : qu’il est à la fois Dieu et homme, qu’il est l’un des nôtre et l’une des personnes de la Trinité ? Qu’il vient nous libérer du mal et du péché ? Qu’il nous offre un avenir au-delà de la mort ? Nous pouvons avoir bien des raisons d’être comme saint Thomas au lendemain de la résurrection : je ne crois que ce que je vois. Or dans la foi, nous sommes invités au contraire à voir ce que nous croyons, à voir Dieu à l’œuvre dans notre monde et dans notre vie malgré les apparences, à continuer d’espérer, à reconnaître la présence du Christ dans les personnes les plus pauvres, à croire qu’il nous accompagne malgré les deuils et les souffrances que nous pouvons rencontrer. Vous connaissez la réponse de Jésus à saint Thomas : « heureux ceux qui croient sans avoir vu ». Oui, comme les bergers, nous sommes invités à croire la bonne nouvelle que nous avons entendue, et à regarder la réalité à la lumière de cette bonne nouvelle. Ce bébé dans la crèche, c’est vraiment le sauveur du monde, et parce qu’il est là, et que nous mettons en lui notre foi, tout prend une couleur différente dans notre vie, et notre vie elle-même peut changer.
Il y a aussi la vierge Marie. « Elle retenait tous ces événements et les méditait dans son cœur », nous dit l’évangile. La nuit de Noël n’est pas le début de sa foi, elle a cru ce que l’ange lui annonçait au jour de l’Annonciation. Mais Marie est constante dans sa façon de vivre sa foi ; elle retient tous ces événements et les médite dans son cœur. On retrouvera cette attitude quand avec Joseph ils retrouveront leur adolescent au Temple après l’avoir cherché trois jours ; et ce sera encore l’attitude de Marie au pied de la croix. Cela ne veut pas qu’elle comprend parfaitement ce qui arrive avec son fils, mais elle garde tout cela dans son cœur et le médite. C’est pour cela qu’elle peut être proclamée Mère de Dieu : elle accueille la Parole de Dieu, elle la laisse féconder sa vie. C’est ainsi qu’elle peut offrir Dieu au monde. Quand on se tourne vers elle, elle nous tourne vers son Fils, car c’est lui qui habite son cœur.
Pensez-vous que la façon qu’à Marie de vivre la foi lui soit réservée ? Ce n’est pas ce que dit l’apôtre Paul dans l’épître aux Galates : « Dieu a envoyé l’Esprit de son Fils dans nos cœurs », et nous aussi, nous sommes invités à retenir cet événement et à le méditer dans notre cœur. Notre vie à nous aussi est fécondée par la parole de Dieu.
Ainsi, deux témoignages de foi s’offrent à nous en ce début d’année : celui de Marie qui retient le message de l’annonce, et qui le laisse descendre au plus profond de son cœur. Et celui des bergers, qui reçoivent le message de l’annonce, et qui le racontent à tous ceux qui veulent bien l’entendre, pour qu’il descende au plus profond du monde. Méditation et témoignage : deux façons complémentaires de vivre notre foi, c’est-à-dire de laisser Dieu entrer dans notre cœur et de l’offrir au monde ; c’est peut-être le chemin que Dieu ouvre devant nous en ce début d’année.
Bonne année à toutes et tous.
François RENAUD
