Homélie pour la fête de l’Épiphanie
À la messe de Noël, nous avions signifié la similitude entre la parole de Dieu et l’enfant Jésus, en encensant l’un et l’autre, et en déposant l’évangile dans la crèche. Le Verbe, la parole de Dieu, s’est fait chair en Jésus. Aujourd’hui encore, tandis que l’évangile nous tourne toujours vers la crèche, nous sommes invités à reconnaître la place centrale de l’Écriture sainte dans ce récit de la visite des mages.
Je crois que ce texte nous aide à répondre à deux questions : comment on va aux Écritures, d’abord ; qu’est-ce qu’on en fait, ensuite.
Comment on va aux Écritures, donc. Voyez ces mages : ils ne connaissent pas la Bible ; ils sont savants, sans doute, en astrologie apparemment ; ils ont développé par leur science et leur observation du ciel une forme de sagesse. Leur science et leur sagesse les ont mis en route pour s’approcher de cette étoile qu’ils ont observée, mais arrivés au bout de la route, ils ont besoin de renseignements et ne savent pas à qui s’adresser. Ils demandent la route à suivre au premier venu à Jérusalem, et cela remonte jusqu’aux oreilles d’Hérode.
Ils me font penser, ces mages, aux catéchumènes qui frappent à la porte de l’Église. Leur histoire, leur culture, leurs relations, les conduit à s’interroger sur le sens de la vie, sans leur fournir de réponse suffisante. Ils ne savent pas trop à qui s’adresser, ils cherchent sur internet, ils poussent une porte, la nôtre quelquefois. Ils sont en route, mais ont besoin de renseignements supplémentaires pour aller au bout du chemin. Ils ont parfois des questions qui nous déroutent, auxquelles on ne sait pas toujours quoi répondre.
C’est là que nous retrouvons notre récit évangélique ; nous sommes un peu dans la situation d’Hérode, qui va consulter des spécialistes. Eux, au moins, ils vont nous dire quoi faire et quoi dire. Et c’est la bonne attitude : les spécialistes de la Bible que sont les grands prêtres et les scribes savent que c’est à Bethléem qu’il faut aller pour adorer le nouveau roi des juifs. C’est dans la Bible qu’on trouve la réponse à la question.
Les livrets, les parcours, conçus pour guider les catéchumènes vers le baptême font la part belle aux récits évangéliques, et c’est l’occasion pour eux comme pour leurs accompagnateurs d’aborder les questions fondamentales de la vie. Est-ce que nous, qui sommes chrétiens de longue date, continuons à mettre notre vie et nos questions devant la Bible, devant les évangiles ? Ils ont sans doute quelque chose de nouveau à nous dire, pour nous mettre dans la bonne direction, comme ils l’ont fait pour les mages.
J’en arrive à ma deuxième question : une fois qu’on s’est laissé conduire vers les Écritures, pour éclairer notre chemin et notre vie, qu’en faisons-nous ? L’évangile de ce jour nous présente trois attitudes différentes.
Les scribes, d’abord. Ils connaissent la Bible sur le bout des doigts, ils y ont trouvé immédiatement la réponse à la question qu’on leur posait. Et qu’est-ce que cela change pour eux ? Rien ! Ils savent que le roi des juifs est né à Bethléem, mais ils n’y vont pas pour l’adorer. Ils continuent leur vie comme avant. C’est un peu comme si nous, qui prenons peut-être le temps le matin de lire et de méditer l’évangile du jour, refermions le livre après l’avoir lu et passions à autre chose, sans que le texte de ce jour change quelque chose à notre journée.
Hérode, ensuite. Il a la réponse à sa question : l’Écriture dit que c’est à Bethléem qu’est né le roi des juifs. Qu’en fait-il ? Il commence à élaborer un projet maléfique : on sait qu’il ordonnera le massacre des innocents, en espérant que le roi des juifs qui vient de naître sera au nombre des victimes, pour éviter toute rivalité avec lui. Quand il dit qu’il veut le rencontrer pour l’adorer, on sait qu’il veut surtout le repérer pour le faire taire. Le roi Hérode instrumentalise les Écritures au profit de son pouvoir politique et de ses ambitions personnelles. Il manipule la Bible à son profit. C’est une grave perversion des Écritures, une trahison de la parole de Dieu. C’est une tentation qui peut nous arriver, de modifier la parole de Dieu plutôt que de modifier notre vie. Que Dieu nous en garde.
Et puis il y a les mages. Eux, ils vont faire confiance aux Écritures pour continuer leur chemin, pour se mettre dans la bonne direction. Ils laissent la parole de Dieu rejoindre la science et la sagesse qui les ont conduits jusqu’à Jérusalem, pour faire un pas de plus jusqu’à Bethléem. La Parole de Dieu féconde leur vie, jusqu’à les conduire à la conversion – c’est ce que peut signifier le fait qu’ils repartent par un autre chemin.
Ce sont des mages, c’est-à-dire des païens, qui nous enseignent la bonne façon d’accueillir la parole de Dieu – un peu comme ces catéchumènes qui sont devant nous témoins que la lumière de l’Évangile éclaire la vie d’un jour nouveau. Avec les mages et les catéchumènes, demandons la grâce de la conversion, en nous laissant conduire par la parole de Dieu.
François RENAUD
