Prédication du 5 janvier 2026 par le Pasteur Pierrot Munch
Es 8, 23b – 9, 3 ; Matthieu 4, 12-23 ; 1 Co 1, 10-13.17 Je vais aborder 3 points :
- le choix de Jésus de s’installer à Capernaüm ou Capharnaüm
- l’appel de Jésus à la conversion
- et l’appel du Christ à l’unité
Le prophète Esaïe commence avec cette formule : « le Seigneur a couvert de honte le pays de Zabulon et de Nephtali ». Le Seigneur leur « a mis la honte » comme l’écrivait un prêtre en commentant ce texte !
Mais au fait, Zabulon et Nephtali, cela fait référence à quoi ?
Notez que cela n’a rien à voir avec la naphtaline ou Zébulon du « manège enchanté » ! Zabulon et Nephtali sont 2 des 12 fils de Jacob qui ont donné leur nom aux 12 tribus d’Israël.
Au moment du partage de la terre, elle se sont installées au Nord d’Israël dans les régions appelées Galilée et Samarie au temps de Jésus
Quelle était la honte particulière de ces 2 tribus ?
Ce sont les premières tribus déportées dans l’histoire d’Israël au moment de la chute du Royaume Nord au 8ème s. avant Jésus-Christ face à l’invasion Assyrienne (2 Rois 17). Les Assyriens en ont fait une province assyrienne en envoyant des colons païens à la place des populations déportées.
Au temps de Jésus, on ne parle plus de Zabulon et Nephtali, mais de la « Galilée des nations », car le Judaïsme y est mélangé, quelquefois minoritaire, au milieu des païens. C’est le « 9-3 » de l’époque !
Dans cette Galilée des nations se côtoyaient les rudes marchands de la mer, les passeurs des montagnes, les soldats des légions romaines, les collaborateurs, les prostituées et les adorateurs de toutes les idoles !
NB Cela est bien mis en scène dans la série The Chosen que je vous recommande. The Chosen montre aussi comment l’appel de Jésus à ses premiers disciples ne tombe sûrement pas sur des inconnus pour lui.
« En s’établissant en Galilée, à Nazareth d’abord, puis à Capharnaüm, Jésus semble faire corps avec ces juifs peu fiables exposés à tous les vents du paganisme ambiant. » Ce choix est en contraste absolu avec Jérusalem et son temple !
Le pape François aurait dit que Jésus s’installe dans les marges !
Il se trouve que la Cisjordanie représente peu ou prou ces mêmes territoires. Il semblerait que Jésus se serait plu dans ces territoires mélangés ou cohabitent des Israéliens juifs, et des Palestiniens chrétiens et musulmans.
Non seulement c’est là que Jésus choisit d’habiter, mais c’est là qu’il choisit ses premiers disciples ! Parmi ces juifs mal vus, déconsidérés et qui ont en plus, comme nous, leurs propres fragilités.
« Le Seigneur ne prend-il pas les choses faibles du monde pour confondre les fortes ? » écrit Paul dans sa 1ère lettre aux Corinthiens (1, 27).
C’est comme si Jésus était attiré, aimanté par ce qui est mal vu, petit et fragile…
Hier lors de la retraite de notre conseil presbytéral, le pasteur qui conduisait la retraite a parlé du Cantique des cantiques qui décrit la passion amoureuse d’un jeune berger qui rappelle sans cesse combien il brûle d’amour pour sa bien-aimée parce qu’elle l’a séduite.
Cette relation amoureuse est une image de la passion amoureuse du Christ pour chaque croyant.
Le pasteur nous posait la question : « En quoi avez-vous séduit le Christ ? » Qu’est-ce que le Christ a trouvé si séduisant chez vous pour vouloir habiter dans votre cœur ?
En habitant en Galilée, en appelant ses disciples parmi les petits et les mal considérés, Matthieu suggère que ce qui attire le Christ chez nous ce n’est pas notre haut rang ou nos vertus dont nous essayons de nous parer…
Et si l’Évangile nous questionnait ce matin : « Quelle est donc cette fragilité, cette pauvreté, cette fêlure… que je porte en moi et qui fait que le Seigneur désire venir habiter chez moi ? Qui fait que le Seigneur est venu m’appeler, moi aussi, à le suivre ?
Cette question nous met peut-être en piste de quelle conversion le Christ nous appelle à vivre.
C’est mon second point : « Convertissez-vous, car le royaume des Cieux est tout proche ».
À première vue, c’est la même parole que celle de Jean-Baptiste au chapitre 3 de Matthieu. Mais la prédication de Jean-Baptiste est suivie par « Repentez-vous car les ténèbres de votre péché sont profondes et le temps du jugement est proche »,
Alors que prédication de Jésus est précédée d’une évocation de la lumière qui se lève dans les ténèbres.
Jean-Baptiste induit qu’il faut craindre la colère de Dieu, là où Jésus annonce que Dieu fait grâce
Jean-Baptiste nous invite à ouvrir notre cœur, le Christ annonce que Dieu nous ouvre le sien.
Daniel Marguerat, exégète du Nouveau Testament, écrit : « Le mouvement populaire de conversion initié par le Nazaréen ne reproduit pas la campagne pénitentielle du baptiseur ».
Bien sûr, la perspective du jugement dernier n’est pas absente de la prédication de Jésus, mais elle ne constitue pas un rôle central comme chez Jean-Baptiste.
Cela nous place face à 2 visions de notre vie ou 2 postures ou 2 états d’esprit :
- Le présent vécu comme un espace stressant où il faudrait échapper à la colère à venir. Cela engendre de la peur, des culpabilités, de la déprime… voire de l’éco-anxiété
- Le présent vécu comme un espace lumineux offert pour accueillir l’amour et la vie ! Cela produit de la confiance, de la paix, du courage pour vivre.
Il peut être utile d’écouter laquelle de ces deux mélodies se joue le plus en nous !
Et se rappeler que si c’est la peur qui domine dans notre existence, la Bible que les enfants ont reçue ce matin, témoigne que Jésus nous appelle à une conversion pour la confiance et pour la paix du cœur.
Dernier point : J’étais saisi par le contraste entre cette « Galilée des nations », des peuples mélangés, ce monde cosmopolite… et le projet de Jésus dans la 1ère lettre aux Corinthiens.
« Je vous exhorte au nom de notre Seigneur Jésus-Christ : ayez tous un même langage ; qu’il n’y ait pas de division entre vous, soyez en parfaite harmonie de pensées et d’opinions. »
De ce mélange en tous genres de juifs mal croyants et de païens, parmi lesquels Jésus vient habiter et qui sera la réalité de la 1ère Eglise, avec des juifs, des païens, des esclaves… Christ veut en faire un peuple parfaitement uni !
N’est-ce pas une belle vision pour la Semaine de Prière pour l’unité des Chrétiens ?
Le Christ veut bâtir une Humanité plus fraternelle à partir des laissés-pour-compte que nous sommes tous à un titre ou à un autre !
« Ayez tous un même langage… Soyez en parfaite harmonie de pensées et d’opinions »
Notez le pluriel de « opinions » et « pensées » dans la traduction liturgique de la Bible, qui suggère qu’il ne s’agit pas d’une pensée unique !
Pour « avoir un même langage », on parle, on se parle, on dialogue et on se comprend… même si on ne dit pas les choses de la même manière.
C’est la méthode du « consensus différencié » qui a permis la signature de l’accord œcuménique en 1999 de la Déclaration Commune sur la Justification par la foi signé entre luthériens et catholiques.
Nous pensons quelquefois que la « justification » est un débat d’un autre temps. Un ami me faisait remarquer il y a quelques années que, en fait, nous passons tous beaucoup temps à nous justifier devant notre conjoint, nos enfants, notre patron, les copains ou sur les réseaux sociaux, pour montrer qu’on est quelqu’un de bien !
La Bible nous dit : « Détends-toi ! tu n’as pas besoin de te justifier sans cesse, parce que le Christ justifie pleinement ton existence ! »
Après des siècles d’anathèmes entre catholiques et protestants sur la question de savoir si le croyant était justifié par la foi seule ou par nos propres efforts, le « consensus différencié » nous a permis de comprendre que nous étions en fait d’accord, mais que nous ne l’exprimions pas de la même manière.
Chers amis, ne formons-nous pas, nous aussi, ce capharnaüm de croyants d’origines si diverses, traversé par tant de fragilités assumées où les différences peuvent exister au sein d’une communauté, d’une Église, et entre les Églises ?
La lumière du Christ est d’autant plus forte que, loin d’empêcher la communion, nos différences la magnifient, parce que cette communion manifestement impossible à vues humaines, que cette communion est visiblement et incontestablement un miracle, càd le signe de la présence du Christ !
Amen
