Homélie du 5ème dimanche Ordinaire 8/02/2026
Ce texte d’aujourd’hui sur le sel et la lumière suit immédiatement celui des Béatitudes. A-travers son texte des Béatitudes Matthieu montre quelle est la vraie raison d’être du chrétien : non pas chercher un rôle de prestige, ou de domination culturelle du monde, mais témoigner d’un nouveau sens de l’homme et de la société ; se battre pour que le pauvre , le petit, le différent soit respecté, travailler sereinement pour que la justice ait force de loi et que le désir de dominer ne soit plus à la base des rapports entre les hommes.
Et tout cela est très bien résumé et synthétisé dans la réflexion de Jésus dans l’évangile d’aujourd’hui : « Vous êtes le sel de la terre, vous êtes la lumière du monde », ce sont ceux-là qui éclairent la route des hommes.
« Que brille votre lumière » c’est le thème de la journée nationale de la santé avec ce texte d’Evangile : Vous êtes le sel de la terre, la lumière du monde ? Même avec la plus grande estime de soi, comment arriver à le croire ? Quelle prétention diraient certains ! C’est pourtant bien ce que le Seigneur vient de nous dire : « Vous êtes … » et c’est une page d’Évangile – 2 images – très souvent retenues par les jeunes couples pour parler de leur mariage le jour de leur engagement. Tout simplement parce que ce n’est certainement pas étranger à leur désir réel de devenir et rester l’un pour l’autre, pour la famille et pour les autres 2 êtres savoureux, 2 êtres lumineux, révélateurs d’amour, à l’image de ce petit grain de sel, si modeste, qui se dissout, disparaît dans les aliments et donne pourtant quelque chose d’indispensable, d’inaltérable. Ce presque rien qui relève et donne tout le goût ne nous fait-il pas penser à tous ces petits riens, tous ces petits gestes du quotidien qui transforment notre vie trop fade et apportent chaque jour l’essentiel, simplement de l’amour, du bonheur, le goût et la joie du vivre-ensemble ? Le goût des autres !!
Alors nous le sel de la terre ? mais qu’attends-tu donc de moi Seigneur en me parlant ainsi ? Tu trouves que le monde est fade, qu’il lui manque quelque chose pour le relever ? le sel n’est pas fait pour rester dans la salière, Tu m’invites aujourd’hui à jouer mon rôle dans le monde, à prendre ma place, comme chrétien, dans la société et dans l’Église, près des malades et blessés par les événements de la vie. Et plutôt que de nous lamenter sur la diminution de la pratique religieuse, nos églises qui se vident, ne devons-nous pas être cette poignée de sel qui fait la différence dans le monde Mais alors comment ?
La 1ère condition c’est d’être présent au monde, partager ses préoccupations; là où les hommes et les femmes travaillent, là où ils souffrent ou sont malades, handicapés, isolés ; là où ils essaient de construire un avenir meilleur, là où s’élaborent les projets de société, là où ils agissent collectivement (en association, ONG) pour plus de justice, de solidarité, de coopération, d’humanité et de fraternité… (comme ces militants qui se mobilisent pour les autres et leur environnement ; ils hébergent des sans-abri dans des logements inoccupés) Des sujets de vraie préoccupation pour nous citoyens mais encore plus pour les personnes précaires, fragiles et les assos qui font de l’hébergement, de l’aide alimentaire et autre… SEM…
Sel et lumière nous le sommes aussi quand nous voulons bien regarder ces misères, ces pauvretés et ces solitudes qui nous entourent et que, témoins de ces souffrances nous agissons pour que se vivent de nouvelles solidarités, de nouvelles rencontres – c’est ce qui se fait sur le quartier du Breil (St Luc Amitié) pour maintenir et assurer une présence près des populations les plus fragiles. N’est ce pas aussi simplement vivre un amour d’époux, de parents, d’enfants dans l’unité pour donner le meilleur de nous-même…
En disant à ses disciples, c’est à dire à nous-mêmes, qu’ils sont sel et lumière, Jésus les met et nous met doublement en situation missionnaire : relever le goût de la vie et révéler la réalité de la vie. Sel et Lumière sont, tous les deux, des révélateurs de saveur, de vie, de joie. Il nous dit clairement votre présence, votre engagement près des malades (SEM), votre témoignage sont indispensables. car l’Église n’existe que pour le monde, appelés comme baptisés au service du frère; malgré les dangers qui guettent notre société d’aujourd’hui (fondamentalisme et fanatisme religieux) société fragmentée, compartimentée. Notre monde a besoin de croyants libres, ancrés dans leur foi, mais ouverts au dialogue respectueux, dans l’unité avec toutes les autres familles de pensée…
Même si bien des hommes et des femmes ne nous attendent pas pour vivre des gestes d’amour, de solidarité parfois magnifiques…essayons simplement, humblement d’être sel et lumière dans le quotidien, peut-être banal, de nos vies, pour révéler aux hommes la saveur de leur vie…
L’Évangile vécu dans le concret de nos existences n’est-ce pas y discerner la présence de Dieu ?
et c’est exigeant, si l’on rapproche la 1ère lecture d’Isaïe et l’Évangile : être lumière c’est se mettre au service de tous les hommes et Isaïe est ici très concret : c’est partager le pain et les vêtements, c’est faire tomber les murs et tous les obstacles qui empêchent les hommes et les femmes d’être libres et respectés :
Comme à Bethléem en Cisjordanie, où chaque jour des enfants naissent à l’hopital de la Ste Famille, créé par l’Ordre de Malte, et où le personnel continue d’y proposer des soins de qualité malgré la guerre. Je vous invite vivement à regarder ce documentaire « Naître à Bethléem » sur ARTE.qui raconte tout ça.
…comment celles et ceux que nous côtoyons pourraient-ils croire à ce projet d’amour de Dieu, si, nous ses ambassadeurs nous ne multiplions pas les gestes d’accueil, de service, de solidarité et de justice que notre société exige. Oui on peut vraiment craindre que le sel soit sans cesse en danger de s’affadir… il est tentant de « laisser tomber » comme on dit « on n’y peut rien… ». Jésus nous met en garde : la vocation peut s’affaiblir, perdre de sa vigueur, la Foi sombrer… nos institutions, qu’elles soient politiques ou religieuses, souffrent aujourd’hui de l’incohérence entre leur dire et leur agir.
Mais si c’est ton esprit Seigneur qui me conduit : est-ce que j’aurai l’audace cette semaine de mettre un grain de sel, pour donner un peu de saveur au monde qui m’entoure. Y aura-t-il une petite lumière qui va rayonner « briller » dans ma famille, mon voisinage, mon travail ; près des plus abîmés par la vie ? Des malades…
Ensemble, comme la poignée de sel, soyons inventifs pour faire du neuf de l’inédit, pour que chaque être humain soit respecté tel qu’il est, tel qu’il croit… ou ne croit pas…(N’avons-nous pas été touchés par les discours d’humanité lors des Jeux olympiques à Milan) Emerveillons nous devant tant de beauté, d’harmonie dans le vivre ensemble et le respect de l’autre).
Donnons du goût à la terre et laissons passer la lumière, qu’elle brille devant les hommes !!
