Homélie pour le 6e dimanche ordinaire – 15 février 2026
Il peut arriver que nous considérions l’Ancien Testament comme périmé, remplacé par le Nouveau ; et donc de penser que les Dix Commandements donnés à Moïse ne sont plus tout à fait d’actualité. Est-ce que Jésus n’a pas dit qu’il nous donnait un seul commandement, celui de l’amour ? Et puis il arrive que nous enchaînions avec saint Augustin qui a pu écrire : « aime et fais ce que tu veux ».
Pourtant on ne va quand-même pas effacer ce que dit Jésus aujourd’hui : Je ne suis pas venu abolir la loi ou les prophètes, mais les accomplir. Et aussi : Celui qui rejettera un seul de ces plus petits commandements sera déclaré le plus petit dans le royaume des cieux. Donc pour Jésus la loi de Moïse n’est pas obsolète, au contraire. Les scribes et les pharisiens observent scrupuleusement cette loi, pour être considérés comme justes ; et Jésus demande que notre justice surpasse celle des scribes et des pharisiens. Bref, il ne s’agit pas d’en faire moins, mais de faire mieux.
Comment cela se traduit-il concrètement ? Relisons ce que dit Jésus, pour en comprendre l’esprit. Dans les versets que nous avons entendus aujourd’hui, Jésus passe en revue trois commandements, pour les réactualiser : Tu ne tueras pas (5e commandement) ; Tu ne commettras pas d’adultère (6e commandement) ; Tu ne manqueras pas à tes serments envers le Seigneur (2e commandement). À chaque fois, il en rajoute : non seulement tu ne tueras pas, mais tu ne te mettras pas en colère et tu n’insulteras pas ton frère ; non seulement tu ne commettras pas d’adultère, mais tu ne porteras pas de regard qui salisse l’autre ; non seulement tu ne manqueras pas à tes serments envers le Seigneur, mais tu ne jureras pas du tout. Les dix commandements donnés par Moïse, on pouvait espérer les observer sans trop de difficultés, comme le dit Ben Sira le Sage : « Tu peux observer les commandements, il dépend de ton choix de rester fidèle ». Mais Jésus met la barre un peu plus haut, et on sent que ça devient plus difficile ; ne pas insulter son frère : pas si simple quand on est au volant de sa voiture…
Mais Jésus ne se contente pas d’en rajouter sur la forme négative (Tu ne feras pas ceci ou cela), il en vient à une expression positive. Pas de meurtre, pas d’insultes, d’accord : mais va donc te réconcilier avec ton frère. Pas d’adultère, pas de regard sale, d’accord ; mais ton œil ou ta main, mets-les au service de l’amour si tu ne veux pas qu’ils soient perdus. Ne jure pas à tort et à travers, d’accord ; mais que ta parole soit oui si c’est oui, non si c’est non. Il ne s’agit plus seulement de se retenir de faire le mal, mais de s’efforcer de faire le bien. Avec ce développement positif des commandements, on ne peut jamais être quitte : il y aura toujours un frère avec qui se réconcilier, une sœur à aimer mieux, etc. C’est cela, l’accomplissement de la loi selon Jésus : passer de la forme négative, qu’on peut observer (en se retenant de faire le mal), à la forme positive, qui indique une ligne d’horizon vers laquelle il faut toujours marcher (le bien qu’il faut faire).
Pour le dire autrement, il ne s’agit pas seulement de respecter la loi, mais d’entrer dans l’esprit de la loi. La loi est faite pour respecter Dieu et respecter le prochain. Jésus insiste pour dire que c’est en respectant le prochain qu’on respecte Dieu : Si au moment de présenter ton offrande à Dieu, tu te souviens que tu as une réconciliation à vivre, va d’abord te réconcilier. La qualité de la relation à Dieu se joue dans la qualité de la vie relationnelle. Une autre fois, Jésus dira que l’amour de Dieu et l’amour du prochain sont les deux faces d’un unique commandement. Tel est l’esprit de la loi : aimer. Et on n’est jamais quitte avec ce commandement de l’amour.
Vous vous direz peut-être que Jésus place la barre tellement haut que c’est impossible de l’atteindre. Et vous aurez raison. À Pierre qui fera observer cela, Jésus répondra que pour les hommes, c’est impossible, mais pas pour Dieu. Et voilà le secret d’une vie ajustée aux commandements de Dieu : on ne peut vivre dans l’esprit de la loi de Dieu qu’avec l’Esprit de Dieu. Toute vie ajustée à Dieu commence dans la prière.
Alors courage. Dieu ne nous laisse pas seuls pour vivre droitement. Au contraire, le chemin qu’il nous indique, il nous donne la force de le parcourir. C’est le sens de notre présence à cette célébration eucharistique : accueillons sa vie et son Esprit, pour vivre selon son Esprit.
François RENAUD
