Homélie samedi 21 & dimanche 22 février 2026
_ 1er dimanche du Carême_
DIABLE ! Ça commence très fort le Carême !
Chaque année, pour le 1er dimanche, la Liturgie nous propose ce récit qu’on appelle « les tentations au désert ».
On trouve cette même page dans les 3 évangiles synoptiques (Matthieu, Marc, et Luc) : c’est un évènement fondateur dans la vie de Jésus ; et si c’est important pour lui, c’est sans doute très important pour nous.
Je vous propose dans un premier temps d’aller rejoindre Jésus au désert,
Et on se demandera ensuite en quoi cela nous concerne, ici à Saint-Herblain ?
Je relis le 1er verset :
« Jésus fut conduit au désert par l’Esprit pour être tenté par le diable ».
En quoi cet épisode est-il si important que les 3 évangélistes ont voulu le situer au tout début de la vie publique de Jésus ?
Il y a quelques petites différences dans les 3 récits, mais il y a un point commun majeur : Jésus est conduit au désert, par l’Esprit, juste après son baptême. Rappelez-vous : au baptême une voix s’est fait entendre « Tu es mon Fils bien aimé, en toi j’ai mis tout mon amour », et l’Esprit s’est manifesté sous la forme d’une colombe.
Et Jésus, à peine baptisé, va vivre un temps d’épreuve, comme un sas de 40 jours avant le début de sa vie publique : avant l’appel des disciples, avant les premiers miracles, avant ses premiers enseignements…
Les premières paroles de Jésus dans l’Évangile s’adressent au Tentateur, et elles citent l’Écriture : par 3 fois Jésus s’appuie sur le Livre du Deutéronome, c’est-à-dire le développement des commandements de Dieu.
Les exégètes nous expliquent qu’il ne faut pas comprendre ce passage de façon historique (il n’y a pas eu de témoin de la scène) mais comme une synthèse des tentations que Jésus va connaître à chaque instant de sa vie terrestre.
Et le Diable, qu’est-ce qu’il fait, et qu’est-ce qu’il dit ?
Il fait son boulot de diable, c’est-à-dire de ‘diviseur’. Il dit en quelque sorte à Jésus :
« Si tu es le Fils de Dieu … fais ce que les hommes ne peuvent pas faire ».
Autrement dit, il veut diviser Jésus, vrai Dieu et vrai homme, diviser son identité. Il veut le désolidariser de la condition humaine. Il veut le détourner de sa mission : Jésus, le Fils du Père, envoyé pour sauver tous les hommes. Par des tentations humaines (l’avidité, l’orgueil) le diable tente Jésus de mettre Dieu à son service, au lieu de se mettre au service de Dieu.
Mais, par toute sa vie, Jésus est resté en parfaite communion avec son Père, et donné totalement aux hommes.
Jusque sur la croix, un des condamnés l’interpellera : « si tu es le Fils de Dieu, sauve-toi toi-même ! »
Jésus sort vainqueur de ce combat avec le diable. Comment ?
En lui opposant la Parole de Dieu, et parce qu’il est conduit par l’Esprit : « Alors le diable le quitte, et des anges le servaient ».
Jésus est le vainqueur du mal.
C’est pour cela qu’il va pouvoir annoncer la Bonne nouvelle aux hommes.
C’est ça la bonne nouvelle de l’Évangile.
Vous allez me dire : c’est bien beau tout ça, le Christ est vainqueur du mal, mais le mal est encore présent dans le monde, et nous, nous sommes humains, et nous sommes bien souvent tentés d’entrer en tentation : l’avidité (avoir tout, tout de suite), l’orgueil (la gloire, la reconnaissance), mettre Dieu au service de nos désirs, nous y sommes confrontés chaque jour.
Et c’est là que ce récit nous concerne : c’est mon 2ème point.
La foi nous dit que nous ne sommes pas seuls face au mal.
Nous sommes créés à l’image de Dieu, Jésus a partagé notre vie, nos épreuves, nos tentations et il en a été vainqueur. C’est pour que nous soyons aussi vainqueurs du mal. Saint Augustin dira : « Le Christ a été tenté pour que le chrétien ne désespère pas de la tentation ».
Sans doute, ça demande une conversion de notre cœur : nous tourner chaque jour un peu plus vers Dieu, nous mettre à l’écoute de sa Parole, et nous laisser conduire par l’Esprit, dans le désert de notre monde.
Et ne jamais nous détourner de Dieu.
Nous sommes 40 jours avant Pâques… et 90 jours avant la Pentecôte. C’est le temps qui nous est donné pour configurer notre vie à celle de Jésus, et nous rendre dociles à l’Esprit, pour aller vers plus de vie.
Comme aller vers plus de vie ?
Jésus nous a montré le chemin : par sa confiance en Dieu, il a surmonté les épreuves, et il a relevé les faibles, tous les blessés de la vie ; nous pouvons le suivre, concrètement, là où nous sommes, et avec les moyens qui sont les nôtres, même très modestes.
J’ai été frappé par la rencontre d’un prêtre en Ethiopie, dans le village de Wocha, éloigné de tout, presque aux portes du désert. Il s’appelle Abba Endalé. A côté de sa chapelle en tôles et en torchis, il a aidé les habitants à créer un élevage de poules et à constituer un troupeau de chèvres : ça les aide à subvenir à leurs besoins et ça leur assure un petit revenu qui permet d’envisager l’avenir.
Il nous disait : « ce que je fais est très petit, mais quand j’aide les gens, quand je rends heureux mes frères, je crois que j’aide le Bon Dieu ! »
Eh bien, que ces paroles de Abba Endalé raisonnent en nous pour ce début de Carême.
L’Esprit nous envoie traverser le désert de ce monde, pour nous mener vers nos frères, pour plus de vie.
Oui, nous sommes en chemin : dès aujourd’hui, le Christ nous partage le pain et la Parole pour que nous en vivions, et pour les porter au monde.
Amen
