Homélie pour le 2e dimanche de Carême – 1er février 2026
Les références à l’Ancien Testament sont nombreuses dans ce récit de la Transfiguration. C’est le cas pour la mention de la montagne. Dans la Bible, elle est souvent le lieu de la révélation de Dieu et de sa gloire, comme sur le mont Sinaï où Moïse reçoit les commandements de Dieu pour le peuple, comme sur l’Horeb où le prophète Élie entend Dieu dans le murmure d’une brise légère. Moïse et Élie, ces deux montagnards qui entourent justement Jésus sur le Thabor, la montagne de la Transfiguration. Moïse qui représente la Loi, et Élie qui représente les prophètes ; la Loi et les prophètes, c’est une façon de désigner la totalité de l’Ancien Testament. Autrement dit, la scène à laquelle nous assistons aujourd’hui récapitule la totalité de la Bible : tout ce que Dieu a à dire sur lui-même, il le dit en Jésus ; tout ce qu’il a à dire aux hommes, il le dit en Jésus. Alors « Écoutez-le », dit la voix du Père qui vient du ciel.
Sur ce récit de la Transfiguration, je voudrais vous partager deux réflexions.
Dans l’Ancien Testament, il nous est dit qu’on ne peut pas voir Dieu et continuer à vivre. C’est la raison pour laquelle les apôtres se prosternent face contre terre quand ils comprennent qu’avec Jésus, ils sont en présence de Dieu. Ils sont effrayés. Or « Jésus s’approcha, les toucha et leur dit : ‘Relevez-vous et soyez sans crainte !’ ». C’est le premier enseignement que je voudrais retenir de ce texte d’Évangile : Jésus manifeste à la fois sa très grande proximité avec Dieu, et sa très grande proximité avec les hommes, avec nous. Il révèle que Dieu est tout proche de nous, et que nous n’avons pas à le craindre. Il est celui qui établit la communication entre Dieu et nous. Par lui, Dieu peut nous dire qu’il nous aime, et qu’il attend de nous que nous l’aimions en retour.
Donc n’ayons pas peur de Dieu ! Il arrive pourtant que cette peur de Dieu traîne dans un coin de notre tête, ou de notre cœur. Comme si Dieu pouvait ne pas nous aimer, parce que nous ne ferions pas parfaitement ce qui lui plait, et qu’il pourrait nous punir, ou se détourner de nous. C’est sûr qu’il y a des paroles ou des comportements qui ne font pas plaisir à Dieu, Jésus nous le dit ; par exemple le fait de maltraiter un pauvre, ou d’entretenir des divisions, ou encore de profaner son nom ; c’est sûr que nous pouvons décevoir Dieu. Mais cela ne l’empêche pas de continuer à nous aimer, et c’est justement pour cela que nous pouvons venir chercher son pardon, comme nous le faisons par exemple au début de chaque eucharistie avec le Kyrie : parce que nous savons que nous n’avons pas été à la hauteur des attentes de Dieu, mais que nous savons aussi qu’il continue à nous aimer, jusqu’à vouloir nous pardonner.
C’est donc la première bonne nouvelle que j’entends dans cet évangile aujourd’hui : Dieu a décidé de nous être proche pour que nous n’ayons plus peur de lui ; il nous le dit en Jésus : « Relevez-vous et soyez sans crainte ! ».
Il y a un second enseignement de ce texte que je retiens aujourd’hui.
Jésus prend à témoin de sa transfiguration Pierre, Jacques et Jean. C’est le même trio qu’il invitera un peu plus tard à l’accompagner à Gethsémani, où ils seront témoins de l’angoisse de Jésus à l’approche de sa Passion. C’est qu’en face de la lumineuse montagne de la Transfiguration se profile la ténébreuse colline du Golgotha, devant laquelle nous serons placés le Vendredi saint. D’un côté, Jésus dans la lumière de Dieu, de l’autre Jésus au fond de la détresse humaine.
Il y a peut-être un visage de Jésus dont nous nous sentons plus spécialement proche par la foi. C’est peut-être le côté obscur, parce que notre vie est difficile, qu’on ne sent pas trop la présence de Dieu à nos côtés, et que la foi est un combat permanent contre le doute. C’est peut-être le côté lumineux, parce que nous aimons chanter notre foi et la partager, et qu’elle éclaire notre vie.
Et où reconnaissons-nous plus volontiers le visage de Jésus, sur celui de nos frères et sœurs ? Est-ce chez ceux dont la vie semble éclairée par la foi et que nous avons envie de rejoindre, où vers ceux qui sont plongés dans les difficultés de la vie et que nous voulons accompagner ?
Mais au fond, faut-il choisir son camp ? Dans notre vie de foi, dans notre vie chrétienne, il y a des moments où nous sommes plus dans la lumière, et d’autres où nous sommes plus dans l’obscurité. Ce qui est sûr, c’est qu’il n’y a pas le bon camp et le mauvais camp. Dieu, en Jésus, est des deux côtés. Dans la lumière comme dans l’obscurité, il n’est jamais loin de nous.
Je conclue en revenant au texte d’évangile. Jésus demande à ses disciples : « Ne parlez de cette vision à personne, avant que le Fils de l’homme soit ressuscité d’entre les morts. » C’est-à-dire ne parlez à personne de cette vision de Jésus dans la lumière de la Transfiguration, avant d’avoir accompagné Jésus dans l’obscurité de la Passion. Alors, quand vous témoignerez de votre foi, vous saurez rejoindre ceux qui sont dans l’obscurité pour les tourner vers la lumière, et vous saurez rappeler à ceux qui sont dans la lumière que Dieu les attend aussi dans l’obscure vie de certaines personnes. En accoutumant nos yeux à la fois à la lumière et à l’obscurité, nous pourrons avec Jésus nous approcher de nos frères et sœurs, les toucher, et leur dire « Relevez-vous et soyez sans crainte ».
François RENAUD
