Homélie samedi 7 & dimanche 8 mars 2026 _ 3ème dimanche du Carême
Evangile de St Jean 4, 5-42
Pour actualiser cette rencontre étonnante de Jésus avec la Samaritaine, je vous propose le témoignage d’une catéchumène en route vers le baptême. Cette jeune femme, que j’ai rencontrée récemment, issue d’une famille totalement athée, expliquait sa conversion et son étonnement :
« Je me suis sentie appelée (…) La première fois que j’ai assisté à la messe, j’ai été touchée par les chants, mais les lectures ne me parlaient pas du tout… Petit à petit, je me suis mise à comprendre. Il y a eu de nombreuses petites étapes qui m’ont converti le cœur ; j’ai senti la présence de Dieu. »
Témoignage percutant pour nous, chrétiens de longue date. C’est peut-être le même étonnement qui a saisi la Samaritaine en dialoguant avec Jésus au bord d’un puits, il y a 2 000 ans.
Pourquoi St Jean nous rapporte-t-il ce dialogue dans son Evangile ?
Ce n’est pas uniquement parce que c’est la ‘journée de la femme’ !
et en quoi ça nous concerne ?
Alors que nous avons tous l’eau courante (dans certains pays, une belle expression parle de « l’eau qui sort du mur »).
Cette rencontre est devenue un lieu de révélation, et un tremplin de conversion pour la Samaritaine, et aussi pour toute la ville. Et cependant, c’est une rencontre tout à fait improbable.
Pourquoi une rencontre improbable ?
St Jean nous le dit au verset 9 : « les Juifs ne fréquentent pas les Samaritains ». Les historiens l’expliquent : depuis plusieurs siècles, un schisme religieux a séparé les Samaritains des autres Juifs ; c’était devenu irréconciliable, et pour un Juif pieux, le fait de rencontrer des hérétiques était pire que de fréquenter des païens. Et cependant, Jésus décide de traverser la Samarie.
Improbable sur le plan religieux ; et c’est tout aussi peu logique sur le plan géographique. Jésus vient de Jérusalem (au sud) il se rend en Galilée (vers le nord) : si vous regardez la carte de la Palestine, le bon sens commande de remonter le long de la Vallée du Jourdain : on évite les régions escarpées et désertiques, pour privilégier le passage par une vallée fertile et verdoyante avec de l’eau en abondance. Et cependant, Jésus ne fait pas le détour, il passe par la Samarie. Et il a soif.
Donc, si Jésus a décidé de passer en Samarie (c’est écrit au Verset qui précède le passage d’évangile de ce dimanche) et s’il s’arrête au puits de Jacob, c’est qu’il a une idée derrière la tête.
Il a le projet d’aller à la rencontre de cette femme qui ne s’y attend pas et, par son intermédiaire, il va se révéler comme le Messie à toute la population de la ville, pour manifester qu’il est le Sauveur du monde ; personne n’est exclu du Salut. C’est le sens de sa démarche.
Vous avez remarqué que Jésus ne s’impose pas par une doctrine religieuse, ni par une leçon de morale. Il part du besoin vital de la femme : son besoin d’eau – qui aussi sa corvée quotidienne. Chaque jour, elle puise et elle s’épuise. Il la rejoint dans sa réalité à elle, avec sa soif d’eau, et sa soif d’amour (elle en est à son 6ème compagnon) et il va la faire cheminer progressivement, pour la faire passer de son insatisfaction, jusqu’à sa soif sa plus profonde, celle de la vie en abondance.
Elle, la femme, ne comprend pas tout de suite où la mène ce dialogue au bord du puits ; elle élude, elle détourne la conversation, elle change de sujet … Bref, elle « tourne autour de la cruche » !
Mais Jésus, patiemment, creuse en elle la soif de le connaître, en lui faisant la promesse d’une source jaillissant en vie éternelle. Qui refuserait un tel don ?
Et alors, laissant là sa cruche, c’est-à-dire son passé, sa corvée ; elle revint à la ville et dit aux gens :
« Venez voir un homme qui m’a dit tout ce que j’ai fait. Ne serait-il pas le Christ ? »
La rencontre est devenue un tremplin de conversion. La Samaritaine est devenue disciple, et tout de suite une missionnaire. Par elle, Jésus se révèle comme Messie, au-delà des barrières géographiques, sociales et religieuses.
Voilà la raison, et le sens de son passage par la Samarie, nous dit St Jean. Il est le Sauveur du monde.
Pour notre part, nous n’allons pas rencontrer Jésus au bord d’un puits, mais il vient encore à notre rencontre sur nos lieux de vie, même si nous avons l’impression de ne pas en être digne, même si notre foi est fragile, même si notre vie est chaotique.
Il veut nous rejoindre dans le quotidien notre propre vie, là où sont nos peines, nos questions, nos doutes, et jusqu’au fond de notre cœur.
Il a soif de nous, de notre écoute, et aujourd’hui encore, il nous offre sa Parole, qui est source de vie et de raison de vivre. Et il dit à chacun :
« Si tu savais le don de Dieu
et qui est celui qui te dit : ‘Donne-moi à boire’,
c’est toi qui lui aurais demandé,
et il t’aurait donné de l’eau vive. »
Un diacre du 4ème siècle, St Ephrem, évoque la parole de Dieu comme une source inépuisable et toujours disponible :
« Celui qui a soif se réjouit de boire, mais il ne s’attriste pas de ne pas épuiser la source ;
(…) Que la source apaise ta soif, sans que ta soif épuise la source ».
Alors, pendant le temps du Carême, prenons le temps de nous arrêter pour écouter Jésus qui a soif de nous rencontrer. Et ensuite, allons vers nos frères : c’est la mission de chacun des baptisés.
Et ce sera aussi la mission du Conseil Paroissial Missionnaire dont nous allons désigner les membres tout à l’heure. Le CPM aura pour mission d’observer les réalités humaines locales, pour proposer des orientations missionnaires en lien avec l’EAP. Pour que l’Eglise et notre paroisse soient présentes dans toutes les Samaries contemporaines de ce monde, là où les femmes et les hommes d’aujourd’hui ont soif de reconnaissance, de dignité, de vérité.
L’heure vient, et c’est maintenant le temps de la rencontre : si nous savions le don de Dieu !
Amen
